mercredi 10 mars 2010
Un pas en avant
Par Catherine, mercredi 10 mars 2010 à 09:36 :: Rémi au quotidien
Il n'a pas eu ce privilège là, celui que tous les bébés humains ou non, goûtent après l'épreuve de la naissance. Il n'a pas eu cette chance, parce que la priorité était de respirer.
Lorsque le feu vert nous a été donné, je l'ai pris dans mes bras:
« Bonjour mon bébé » et je l'ai embrassé. Je suis certaine que tous ses sens auraient bien voulu prendre ce qu'offrait la chaleur de mon sein, effleurant le coin de ses lèvres. Il n'a pas pu. Déjà, son corps et lui étaient deux opposés. Oh! Oui !qu'il aurait voulu, il a essayé plusieurs fois, tous les deux, l'un impuissant et l'autre sans mode d'emploi, nous avons essayé, encore et encore mais c'était toujours avec cette fichue machine que le flot de mon lait coulait.
Chaque jour, le matin et le soir, je traversais le long couloir et je prenais l'ascenseur. J'arrivais dans le service des bébés fragiles et je devais passer par un rituel bien précis: lavage des mains, blouse, chaussons et masque, puis j'annonçais dans l'interphone:
«Bonjour, c'est la maman de Rémi B ». Mes mains tenaient la boite argentée et ses biberons remplis:
« Olala! Tout ça ! »
C'était un des rares moments ou mes yeux donnaient la lumière de leur joie, de ces journées là bas. Je veillais à ce qu'il ne boive que mon lait et rien d'autre, rien. Je me souviens même d'une bataille de deux jours. Il m'a fallu sortir de ma fatigue et de mon désarroi pour affirmer ma certitude: « je veux que Rémi boive le colostrum » les toutes premières gouttes. Ce trésor là, était pour lui, je voulais que son corps y puise toute sa vitalité... C'était la seule chose que je pouvais lui donner, je ne voulais pas me le laisser voler.
Et puis, l'heure de sortie a sonné. je me souviens encore avec délice du petit moment de tricherie (il fallait que Rémi boive tout son biberon pour le droit de sortie. Nous avions vidé une grande partie dans l'évier). Nous sommes rentrés à la maison. Plus de médecin, plus d'infirmière. Juste deux parents et un bébé. Un bébé fragile, un bébé heureux de dormir contre moi, un bébé comblé de téter la peau toute chaude et gonflée d'une mère pleine de cette certitude:
Me laisser aller, surtout sans plus aucun horaire à respecter. Me laisser guider les yeux fermés, par cette petite bouche qui devenait à chaque tétée de plus en plus pressante, de plus en plus puissante.
Je ne saurais dire aujourd'hui combien de temps nous sommes restés tous les trois couchés dans ce grand lit, je saurais juste dire que c'était bon de laisser la confiance diriger l'orchestre. Doucement, nous avons appris, nous avons grandi et tissé les liens d'un triangle unique: père-mère et fils.
Le temps des autres saveurs est arrivé et les visites d'orthophoniste aussi. Hyper sensibilité, réflexe nauséeux trop fort, trouble envahissant... Il fallait l'aider, il fallait lui apprendre...
Pendant des mois et des mois j'ai entendu:
« Rémi n'a pas ce souci là parce qu'il tète le sein. Heureusement que Rémi tète le sein. C'est très bien que Rémi tète encore le sein. » Rémi ne bave pas, Rémi souffle, Rémi tire la langue, Rémi est rarement malade, Rémi dort bien...Rémi revient parmi nous « ce fameux accrochage visuel, qui saurait mieux le faire qu'une mère qui allaite ? ».
Alors aujourd'hui, je suis très fière parce que OUI! J'ai participé avec toute ma personnalité et même plus encore à l'épanouissement de mon petit garçon. Mon rôle de mère est à l'extase et maintenant que j'ai passé le flambeau au père, je me régale de le voir, à son tour, accomplir son devoir merveilleusement bien. Je ne saurais pas être à la hauteur de cette tâche là. Lui le fait tout naturellement et décidé. Je n'ai jamais vu, dans son regard, une seule fois l'hésitation ou le doute. J'assiste un peu avant en préparant le repas avec Rémi (il paraît que ça aide) et après pour le dessert. Au milieu, je m'éclipse à l'autre bout de la maison...
Manger ce que lui offre son assiette un point c'est tout parce qu'il est temps et en terminer avec les petits plats tout prêts des grandes surfaces ou des purées toute douces du « Babycook ». l'avant dernière tâche... Après ça, il faudra aussi qu'il prenne la fourchette ou la cuillère tout seul et nous pourrons fermer cette page là.