Remilou

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dimanche 28 septembre 2008

Rendez vous

Ils étaient notés sur l'agenda du petit ministre depuis longtemps. C'est comme ça, une fois par mois, des RDV avec psychomotricien et psychologue. Madame B part de la maison à 9h30 et ne rentre qu'à 12h30. Aujourd'hui c'est mercredi et Leia reste avec Monsieur B, c'est lui qui l'emmène au poney. La petite fille adore partager ce moment avec sa maman. Pendant toute une heure, elle a son public rien qu'à elle, c'est la star, la meilleure et la plus belle des petites cavalières. Derrière son petit air boudeur, celui qu'elle préfère, la demoiselle a bien compris lorsque Madame B lui a expliqué à la rentrée que cette heure de reprise il fallait la partager parfois, avec son petit frère. Madame B est en retard. Le nez du petit malade à nettoyer et une discussion entamée avec Monsieur B ont suffi à pousser les aiguilles du temps tout près de l'heure du premier RDV et voilà qu'elle en oublie sa petite fille, qui lui reproche dans la soirée « Maman, tu es partie sans me faire un bisou! »

C'est Rémi qui ouvre la porte d'entrée: « Bonjour, Rémi! Tu vas bien ? » « Et bien, tu en fais une drôle de tête ? Tu n'es pas décidé ce matin ? »

Un sourire se crispe sur le visage de Madame B, elle n'a pas envie de répondre à une question pareille... Comment peuvent-ils penser par ici que Rémi a envie de partager sa vie avec des gens de métier au rôle de copain, déguisés l'air de rien pour observer, étudier le petit patient qui n'est pas dupe un seul instant, qui devrait plutôt être applaudi pour sa coopération quotidienne. Comment peuvent-ils avoir cette prétention là, celle de tendre la main pour dire « Bonjour Rémi » pendant que leur cœur fait semblant.

Rémi s'est noyé dans une vague de sanglots lorsque Madame B lui a annoncé qu'elle le laissait jouer un petit coup avec Madame G, la psychomotricienne qui venait tout juste de sortir la bouteille à faire des bulles.

La dame questionne le malheureux: « La dernière fois maman est partie, tu n'as rien dit, pourquoi aujourd'hui tu ne veux pas ? C'est parce que tu es malade ? » Lorsque Madame B plonge dans cette vague de chagrin pour y secourir son fils chéri, elle aperçoit sur son visage l'interrogation. Il ne comprend pas pourquoi sa maman l'abandonne à cette femme de métier car après tout, il est seulement là pour faire plaisir à tous ces êtres « parfaitement parfaits » y compris sa maman.

Mère et fils disent au revoir. « Madame D va venir vous chercher ...» En attendant, il y a le toboggan dans la salle et Rémi part à sa conquête. Accroupi sur la plate forme du jeu, Rémi donne des petits sourires qui viennent colorer un peu l'atmosphère et l'ambiance de cette pièce dite d'attente. En face de Madame B est assise une dame. Elle semble être la grand-mère de cette petite fille à la bouille déterminée. Une autre personne entre, une maman avec une voix aussi forte qu'elle puisse l'être elle aussi, ordonnant à sa petite, toute petite fille: « Tu vas aller faire pipi et c'est tout! » A cet instant, Rémi est le seul jeune spectateur de la pièce puisque, presque en même temps, l'autre est partie: « Allez, va travailler! Tu dois aller travailler!!! Non je ne viens pas et si tu n'y vas pas je m'en vais! » Avait crié la grand-mère. « Bon, je t'emmène jusqu'à la porte et je te laisse travailler » a-t'elle lancé en prenant l'enfant par le bras... Il y a le directeur qui est passé par là, très aimable monsieur avec un ton de pitié pour la pauvre petite, toute petite fille... Ou bien la mère... « Allez va vite faire pipi, je crois que ta maman veut que tu fasses pipi si j'ai bien compris »

Là, juste à ce moment précis Madame B a tout arrêté. Appuyé sur la touche STOP! Arrêt sur image. Elle observe ce tableau là et avec un terrible effroi voilà ce qu'elle voit:

Deux petite filles et un petit garçon, presque sages essayant juste de se faire entendre, trois dames névrosées et un monsieur aux regards qu'elle n'aime pas, qu'elle découvre là, comme une gigantesque erreur. Dans ses propos, ses paroles « bienveillantes » il y a l'étiquette, celle de la différence. Bien lourde, bien présente dans chaque question, chaque « Bonjour »

Ces enfants qu'elle regarde sont venus ici pour faire plaisir, ils vont aussi bien qu'ils le peuvent et ne demandent rien d'autre que l'écoute et le respect de leur personnalité. Les adultes, les « grands » ne seraient-ils pas ici pour s'assurer et se rassurer sur la différence de leur enfants? Il y a une terrible erreur, les vrais patients ne seraient-ils pas les « grands » finalement ? « Bonjour madame, monsieur... Voilà mon enfant n'est pas ordinaire, j'ai besoin d'aide pour le comprendre. Pouvez vous m'entourer, m'aider ? »...

A chaque visite au CAMSP, il y a un parent qui lui fera un sourire, si léger qu'il se dessine à peine sur ce visage tendu, rempli de souffrance et blindé, un sourire pour dire « bonjour ». Un regard furtif en direction de Rémi et puis, honteux sans doute, gêné de comparer la différence avec l'autre, il repartira vers un coin de porte, ou de mur. En tout cas bien loin des sentiments humains.

Comme tous ces parents, Madame B vient plusieurs fois par mois déposer tous ses « mots-maux » dans le bureau, accompagnée de son fils comme otage, venir discuter avec ces gens de métier: au «Centre d’Action Médico-Sociale Précoce » Elle ne sait plus si c'est une si bonne idée d'emmener son petit garçon là-bas. L'impression d'y aller pour y« cultiver » sa différence. Applaudir les progrès accompagné de professionnels, toujours chercher la petite chose pour justifier notre présence ici, rassurer des gens sur sa différence pour que sur le papier ils puissent écrire que Rémi « mérite » bien son taux d'invalidité...

Combien de fois elle aura dit à Monsieur B "Tu devrais venir nous accompagner" et combien de fois lui aura t-il répété: "Je fais confiance à mon bébé"...

mercredi 17 septembre 2008

Richesses

Au début il y a la nuit. Puis, vient le jour. Le chaud et le froid et avant l'apesanteur il y a son opposé.

Ainsi est le début d'une vie juste avant son contraire, bien entendu.

Madame B le sait depuis... Le début, mais n'en connaît réellement sa signification depuis qu'elle a rencontré le handicap et les difficultés de la différence.

Si sa maman avait déclaré un jour, lors de son enfance: « Tu sais Catherine, il faut bien que je parte pour que tu puisses te réjouir de mon retour. » Elle n'aurait sûrement rien compris et même si une petite idée était apparue, jamais elle ne se serait douté à quel point cela lui « parlerait » bien des années plus tard.

Madame B ne le souhaite à personne. Tous les bébés nés en bonne santé et « parfaitement-parfaits » ont une chance formidable, point. Pourtant, elle possède un vrai trésor depuis que Rémi est né et ce petit bonhomme là est un petit garçon bien chanceux que tous les bébés « parfaitement-parfaits » pourraient certainement envier s'ils le croisaient. Rémi a le secret de ne pas avoir très mal lorsqu'il tombe car à peine né, aiguilles et autres petites choses médicales lui ont offert ce don. Il a été applaudi cinq cent mille deux cent fois plus lorsqu'il a donné son premier sourire, lorsqu'il a tenu sa tête. Et puis assis, debout et enfin la marche... Ah! Quelle gloire! Jamais, jamais un bébé « parfaitement-parfait » en aura connu de telles. Concept « du moi » se retrouve d'un coup bien haut... Plus haut que tous les autres petits coureurs de tout l'univers.

Quant à Madame B, elle n'ose même pas parler de la chance qu'elle a eu d'avoir croisé la différence. Personne ne pourrait y croire car tout le monde la plaint. Elle attend que la parole devienne l'amie complice de son petit garçon, « saouler » toute la journée et lui dire: « Rémi tais toi! » Ce jour là, un sourire trahira sa joie et ne sera plus crédible aux yeux de son petit moulin à paroles. Applaudir un sourire, admirer une tête bien droite et donner la main à son fils pour traverser la route. Personne, aucun parents d'enfants « parfaitement-parfaits » n'a rencontré ce bonheur. De là, naissent des richesses... Celle de profiter de la pluie car viendra le beau temps, alors qu'importe les nuages et le gris, le soleil brillera. Celle d'obéir à la patience et enfin celle de découvrir dans chaque être vivant le meilleur, même si parfois il est difficile de le trouver, savoir garder la main tendue et confiante; Toujours!

Aujourd'hui, Madame B regarde le handicap en face, les yeux dans les yeux, encore gênée, peur de ne pas être à la hauteur, se tromper, de ne pas savoir... Des larmes, encore beaucoup trop de larmes coulent de ce regard mais elle a appris à le considérer avec respect et égalité. Doucement le chemin se fait, les regrets bientôt, seront si insignifiants qu'elle en oubliera la différence pour n'en laisser que ses richesses.

vendredi 12 septembre 2008

Petite famille...

Écrire les pages d'un nouveau livre. Devoir tout recommencer. Composer des repas pour trois et demi, s'organiser des journées pas compliquées et en profiter. Réapprendre à vivre, cette fois comme une petite famille. Sous un même toit, passer de sept à quatre, ça laisse de la place. « Ça va, vous ne vous ennuyez pas ? » «  C'est plus calme » a répondu Monsieur B à la question posée.

Hier, Madame B a profité de la sieste de son petit garçon pour passer du temps avec sa jeune pouliche. L'éduquer, apprendre avec elle. Son cœur s'inonde de joie, c'est presque instantané lorsqu'à peine arrivée dans le pré Tylwyth lève la tête pour observer « l'homme » et à l'appel de son nom la regarder venir tranquillement, d'un pas nonchalant. Une complicité entre elles deux se construit, petit à petit, depuis maintenant six mois.

Le soir venu, c'est au tour de Monsieur B, cette fois avec son ami Sirano: "Une petite promenade en chariot, ça vous dit ?"

Leia et Rémi profitent du bain de fin de journée pour se rafraîchir de leur après midi ensoleillée à découvrir les trésors qu'offre la campagne « Maman vient voir un bébé couleuvre mort ». Monter et descendre en vélo toute une rue, défier la vitesse et s'enivrer de sensations « être la plus forte ». Les deux petits poissons se sont frottés avec le savon et sont sortis du bain, essuyés et habillés « Tu mets Rémi en pyjama ? Moi je préfère m'habiller. »

Monsieur B prépare l'attelage alors pendant ce temps là, un dîner pour Rémi, déjà tout prêt, il commence à réclamer quelque chose à grignoter. Pendant la balade en petite famille recomposée, « découpée », chamboulée depuis ces dernières années, Madame B regarde ce qu'elle est en train de voir comme un tableau accroché sur un mur d'une exposition qu'elle vient visiter ou bien dans une vitrine qui donne envie de s'arrêter de se poser là, s'imprégner des personnes pour « entrer », imaginer leurs histoires. Au détour d'une ballade, regarder par la fenêtre la vie des autres. Pas besoin ce soir, car ce sont eux les personnes de ce moment.

Les petits lampadaires du village ce sont allumés, la nuit est tombée, il faut rentrer... Trois marches d'escalier à monter avant d'ouvrir la porte d'entrée. La joie d'une journée ensoleillée, d'enfants enjoués est terminée. Madame B un peu fragile ce soir, rentre à la maison avec ses deux petits. Ses trois grandes filles ont laissé un peu de vide, son cœur lui a rappelé en regardant le tableau d'une petite famille heureuse continuant, comme le fait le petit cours d'eau du ruisseau rempli de cailloux plus ou moins gros à contourner, qu'importe le chemin, l'eau y coule, toujours claire et belle sur sa route....

De petite famille recomposée, « découpée », chamboulée depuis ces dernières années.

mercredi 3 septembre 2008

Le retour

« Oh, maman, tu te maquilles ? » « Oui ma chérie, il faut bien que je sois la plus belle des mamans ce matin non ? » « Oh tu sais, même quand tu n'es pas maquillée tu es la plus belle de toutes les mamans!»...

Madame B s'est levée très tôt ce matin, les oiseaux commençaient à peine leurs bavardages, un tapis de brume prenait ses aises dans le pré de leurs chevaux. L'odeur d'une rosée de fin d'été l'a surprise à peine sortie de la maison. Elle avait presque oublié comme c'était bon de se lever avec le soleil.

Leia s'est réveillée toute seule et c'est vêtue d'habits tout neufs, ceux achetés pour la rentrée, qu'elle vient dire « Bonjour maman » ce matin. Encore un peu décoiffée, après le petit déjeuner, il faudra qu'elle aussi se fasse belle. « Tu ne mets rien à tes cheveux aujourd'hui? »

Madame B avait bien préparé les vêtements pour son petit garçon, encore hier soir, juste avant de se coucher elle disait que Rémi aussi irait avec elles au village attendre le car qui emmène Leia à l'école juste à côté. C'est finalement avec le petit chien Capi qu'elles sont parties faire cette dernière rentrée en primaire. Après ce sera le collège, Madame B y pense très fort tout en regardant sa petite, toute petite fille de même pas encore 9 ans... « Elle a changé Leia, tu ne trouves pas ? »...

Lorsque l'heure est venue d'y retourner, juste après le déjeuner, assis dans la poussette, Rémi n'en a pas perdu une miette. Sur le chemin, il a regardé le petit chien Capi, il ne l'avait jamais vu attaché en laisse. « ooh, ooh ? » Le doigt pointé vers son petit ami à quatre pattes, il veut des explications.

Madame B s'arrête et accroupie devant son fils, tout en le détachant, elle lui dit: « Regarde, ici c'est l'école des petits, il y a plein de copains et de copines pour jouer... Allez va vite! » Dans la cour de la maternelle, Leia regarde son petit frère essayer de courir comme les autres enfants. « Laisse le découvrir tout ça seul, ma chérie » Parfois, il s'arrête et cherche le regard rassurant de sa maman ou bien, immobile, il observe ce monde de petits hommes courir dans tous les sens.

Et puis, le car arrive. Rémi le montre du doigt, presque aussi impressionné que lorsqu'il voit un tracteur passer. Madame B est obligée de l'arrêter, il veut y aller lui aussi, il proteste jusqu'à ce qu'il voit Leia lui sourire par la fenêtre du car. Il fait signe au revoir et repartent tous les deux à la maison où Rémi fera sa sieste. « Promis, nous irons chercher Leia ce soir après le « dodo » »

Sur le chemin, Madame B sourit à ce jour, contente de retrouver un quotidien qui commençait à lui manquer un peu finalement.

« Et demain maman, c'est ma rentrée au centre équestre! »