Il m'a raconté qu'à la radio de ses poumons, Rémi a fait un sourire pour la "photo". Il m'a dit aussi qu'il a regardé, avec beaucoup d'intérêt, l'infirmière lui faire une prise de sang et hier soir, moi je l'ai entendu dire « à demain » à la pédiatre. Je l'ai vu choisir quatre livres lorsqu'il les bibliothécaires sont entrées dans sa chambre et montrer trois doigts pour dire qu'il avait trois ans.
Tout l'après midi, à chaque fois qu'il avait envie de faire pipi, il m'a demandé si le médicament avait "enlevé" la fièvre pour aller dans les WC juste à côté. Il a dû faire aussi pipi dans un petit gobelet, ça l'a beaucoup amusé.

Hier matin, je suis allée le réveiller, il fallait se préparer pour l'école. J'aurais dû m'écouter me dire que ce n'était pas "rien". J'ai touché son front et je suis descendue chercher le thermomètre. Rémi a bien de la fièvre.

Il m'aura fallu beaucoup de temps avant de laisser mes larmes couler. La culpabilité m'a avalée toute entière, le "film" a tourné en boucle encore et encore pour essayer de comprendre et ce matin, je n'ai toujours pas compris pourquoi je ne lui ai pas donné de médicament tout de suite, après avoir vu le thermomètre si haut. Je n'ai pas compris pourquoi j'ai joué avec mon petit garçon au docteur qui soigne son petit lapin et j'ai la nausée quand je repense à son corps tomber sur le lit et sa tête cogner le mur. Je savais ce qu'il était en train de se passer, pour l'avoir vécu l'an dernier.

Je l'ai appelé très fort, je savais que l'interphone était branché dans notre chambre, il fallait juste le réveiller. Il m'a expliqué que j'aurai dû remplacer le « viens vite » par « Rémi fait des convulsions » ça l'aurait "levé" tout de suite et que Rémi entendait dans ces moments là, qu'il fallait éviter de crier et rester calme. J'aurais pu lui en vouloir. Je me suis détestée. Plus tard, il s'est excusé et mes larmes ont coulé.
Les cours de secourisme que j'avais pris juste après la première fois, m'ont aidée à garder mes idées claires. J'ai fait tout ce qu'il fallait, même si l'émotion qui  m'habille dans ces moment là, m'a secouée très fort et m'a fait beaucoup trembler. Au téléphone, la dame du 15 m'a fait remarquer que j'étais très essoufflée. Je suis désolée. Je ne sais pas la contrôler.

En fin de soirée, la fièvre est tombée. Rémi dort avec son papa à l'hôpital et moi j'ai demandé à Leia si elle voulait bien partager le grand lit dans la chambre d'amis avec moi, je n'avais pas envie d'être seule avec cette sensation étrange, ce flottement, cet "entre-deux-mondes" pour la troisième fois depuis qu'il est né.
Encore une fois hier, je me suis retrouvée en équilibre entre le vert de l'herbe fraîche juste derrière moi et le trou noir devant, juste au bord de la falaise... Ça bouscule violemment le dedans.
Ce matin, je me sens bien quand je me souviens, avec douceur d'un moment d'hier, entre fièvre et glace sur son petit corps, sa tête posée contre la mienne et du « e-aime maman » qu'il m'a offert... Pour toute une éternité.

Mercredi 27 janvier
Rémi est rentré à la maison ce soir. A l'hôpital, ils parlent de virus... Grippe ? peut être... Surement... On ne peut pas dire... Son papa veille encore sur lui, tout à côté (c'est mieux que dans un hôpital)