Je l'ai tellement refusé ce moment, je l'ai tellement pleuré, je l'ai tellement appréhendé que c'est presque avec un beau pied de nez que je peux ce matin, y repenser.
Lorsque Rémi me parle du moulage pour son casque, je lui parle aussi de son corset: « Pour que tu sois bien droit!!! » Avec ses mains, il contourne les parties de son corps, là où le monsieur avait mis les bandelettes pour les moulages. La tête aussi, avec le sourire, il dit:
« Momi caque! ».
Il pourra enfin avoir un casque qui saura enfin me rassurer lorsqu'il partira en vélo et lui, concurrencer les petits copains.
Je me souviens d'une discussion chez le kiné, nous parlions du corset et du regard des gens, de ce qui pouvait gêner, blesser ou blinder. Il m'avait dit avec la voix « Maintenant ça va se voir » et dans ses yeux je pouvais y trouver tout le désespoir que j'aurais dû redouter. Je lui ai avoué qu'il me semblait bien que je serais plutôt libérée du regard qui interroge et de plus en plus souvent:
« Mais qu'a t-il cet enfant ? Handicapé ou pas? »
Voilà. Ce sera affiché aux yeux de tous. Oui mon petit garçon est différent. Au moins un avantage à noter dans le petit calepin des consolations immédiates.

Dans une dizaine de jours, Rémi fera les premiers essais de son corset. Le moulage est fait. Tout s'est très bien passé. Comme je le voulais, j'ai attendu mari et fils dans la salle d'attente. Je retiens de ce jour, deux jolis sourires « Allez, on rentre maintenant ? », le verglas et un déjeuner fast-food (Avec des "kikes" et du coca bien évidemment) ramené à la maison.