Remilou

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jeudi 30 avril 2009

Encore trois semaines de dodos

Quelquefois Leia demandait à Rémi de lui offrir le droit d'enlever le « dodo », sur la porte de l'armoire. Parfois, c'était Madame B qui le faisait, Rémi adorait la voir faire le clown en comptant ceux qui restaient. L'honneur du dernier « dodo » à retirer c'était forcement pour lui. Elle a pris son petit garçon dans les bras et doucement, le Scotch s'est décollé. Ils se sont délectés tous les deux de cet instant, ce dernier matin de jambe coincée jusqu'au dessus du genou. A ce propos, elle a redonné quelques explications. « Rémi, le docteur va faire une radio « Une-photo-du-dedans-de-ta-jambe » et puis après avoir enlevé ce plâtre là, il va en remettre un autre. Tu pourras marcher et plier ton genou, avec le nouveau»

Madame B ne sait pas trop si ce sont les explications ou l'idée mais Rémi est très content de la nouvelle, son sourire illumine son visage et rien que pour ça, elle est prête à recommencer son entrée dans la chambre et tout répéter. Mais il faut se préparer, organiser la journée. « Rémi, tu veux manger chez mamie après ? » Il signe oui avec la tête et dans ses yeux l'étincelle raconte qu'il aime bien sa mamie. La main signe le mot glace et dans la cuisine sa maman a bien entendu: « coca  » Aucun doute, Rémi sait parfaitement où il ira après son RDV.

Madame B garde en mémoire les larmes de son fils pour cette fin de matinée difficile et le souvenir de la petite main de Rémi tremblante de peur pendant qu'on lui coupait la résine. Comment faire entendre à son petit garçon terrifié par le bruit de l'appareil qu'il ne risque absolument rien. A califourchon sur le brancard, son papa le serre dans ses bras. Aucun mot n'arrive à le raisonner. Rémi explose en sanglots. Ces cris déchirent les tripes de Madame B qui s'en va vite chercher un tabouret, discrètement, elle s'assoit. Après une forte nausée, ses oreilles se sont mise à bourdonner. Signes annonciateur de malaise. Elle reprend vite, très vite ses esprits en se tournant pour ne pas voir la petite jambe-chiffon de son bébé. Cette image là est de trop dans cette suite de moments forts. Juste avant, dans les couloirs de la radio, en consolant Rémi parce qu'il venait là aussi d'avoir très peur, ils croisent le service de néonatalogie. « Tu sens cette odeur ? » Arrêt aux souvenirs. Le long couloir qui mène aux portes et derrière ses portes il y a des blouses bleues, des chaussons et un lavabo. Un gel liquide et des explications sur le « comment-bien-se-laver-les-mains ». C'est l'odeur de ce savon qui est revenue secouer la mémoire de Monsieur et Madame B. Elle a cherché un visage connu dans les couloirs. Elle aurait bien voulu montrer que tout allait bien maintenant. Elle n'aurait pas oser leur dire qu'ils s'étaient bien trompés et que c'était eux, les parents, qui avaient eu raison, mais elle aurait laissé ses yeux parler.

Rémi est rentré, fatigué et heureux de retrouver sa maison. Il a demandé beaucoup de câlins et n'ose pas encore marcher, il préfère être porté. Demain, c'est avec Chloé qu'il va déjeuner. Une grande soeur à lui, du côté de papa cette fois, qui vient passer quelques jours de repos, à la campagne...

samedi 25 avril 2009

Continuer

Ses journées auraient pu devenir monotones et il aurait même pu crier qu'il était le plus malheureux.

Oui mais voilà, lorsqu'on s'appelle Rémi B... Demain il saura remarcher sans crainte, aujourd'hui il a oublié la résine, il a mieux à faire. Dehors, l'herbe verte lui ouvre son espace. Les éclats de rire entre les doigts de pieds, et la douceur du petit lapin qui vient demander un câlin.

Accompagné de Lucie, maintenant il l'appelle « Ouni! » Madame B est heureuse des nouveaux sons dans ses oreilles. Ce n'est plus « é-a-é-a-é-a » toute la journée.

Et pour l'extase, sans voir le petit homme mais juste entendre rire parce que le petit chien vient à sa demande: « A-pi ».

Retrouver Rémi sur sa petite voiture, elle trouve ça un peu moins drôle, elle laisse faire mais surveille de près, même s'il pointe l'index en direction de la porte, car il voudrait bien s'amuser comme il le voudrait. Oublier cette entrave à sa liberté d'avant et passer du sol à la chaise, s'essayer à la position verticale. Il sait que sa maman dira non, mais tant pis, il tente, trop heureux de regagner quelques secondes le monde de là haut.

Les sœurs commencent à partir, la semaine s'achève et dans « un gros dodo » il se retrouvera le petit garçon de Monsieur et Madame B. L'enfant unique. Madame B reste sereine, elle sait qu'après tous ces jours de grand garçon indépendant, il voudra se ressourcer dans les bras de ses parents. Surtout ceux de maman. Elle sait aussi que son parrain et sa marraine l'attendent impatiemment, qu'elle va partir une journée papoter entre filles. Une grande bulle d'air après toutes ses semaines de routine.
Les vacances avec les sœurs se terminent mais elles continuent avec un papa et une maman rien que pour lui et une résine qui devrait être réduite de moitié et devenir une "botte" pour marcher!

dimanche 19 avril 2009

Pas sans fin

Il y a des jours, il y a des instants où le cœur de Madame B se déchire. De trop longues secondes où ses yeux s'assombrissent en regardant son fils. L'ennui se fait sentir. le silence et l'inactivité de Rémi réveille les sens de Madame B et tout le poids de son chagrin qu'il ne dit pas. Elle préfère le voir grogner, essayer de s'échapper, exprimer son envie de bouger, même si la fatigue d'une telle bataille pèse dans sa journée. Elle l'échangerait sans hésitation avec les moments d'abandon.

Il y a des jours où le cœur de Madame B sourit parce qu'elle découvre les côtés positifs de la situation. Les jeux de constructions deviennent plus "hauts", l'attention se fait plus "grande" et les gestes de tous les jours trouvent leur place merveilleuse que les habitudes avaient « noyés »

Le petit bonhomme fantastique que tous les matins elle salue en ouvrant la porte de sa chambre: « Bonjour petit loulou, as tu bien dormi ? » Madame B savoure chaque fois les bras qui l'entourent légèrement et la chaleur des petites joues encore rosies par la bonne nuit. Son sourire et le geste de la main qui frotte son ventre pour répondre à la question, c'est le plaisir d'un rituel, celui de son fils chéri. « Attention, cache tes yeux-1-2-3- J'ouvre les volets! »

La journée commence là, juste derrière ce repère. Depuis quelques réveils, sur la porte de l'armoire, Madame B décolle, une petite étiquette. Nouvelle routine expliquée, routine installée, celle d'enlever les dodos terminés.

Elle avait imaginé photocopier des photos de Rémi au lit afin qu'il puisse bien comprendre le jeu qui voudra rassurer le petit blessé sur le nombres de journées à passer avec la résine. Les matins sont passés, l'idée est restée et la fatigue au moral décidément bien incrustée, Madame B n'arrivait pas à commencer. Et puis... Une fin de journée, juste quand le soleil part se coucher, elle se rappelle le projet. Assise derrière son bureau, le gros feutre noir, le papier et les ciseaux trouvés, elle s'applique à fabriquer le nombre de dodos restant avant le prochain RDV à l'hôpital. Pas de photos mais juste des mots que Rémi adore découvrir. Un par un, ils s'empilent sur ses genoux, et le petit paquet, bien serré, tient dans la main de l'apprenti lecteur. Madame B monte Rémi à l'étage, et installé sur son lit, il veut aider à placer les petits morceaux de scotch derrière les étiquettes.

Très satisfaite, elle ne regrette plus tous les jours passés à porter une idée qui finissait par devenir pesante. Voilà Madame B enfin rassurée. Si son petit garçon avait pu penser que sa liberté resterait à jamais coincée dans cette résine, ça ne pouvait plus être le cas à présent.

Le compte à rebours a démarré!

dimanche 12 avril 2009

Merci

Pour tous les mails, les petits mots qui font chaud. Elle se sent vraiment pas seule et ça fait du bien au cœur. Les journées sont tantôt laborieuses et parfois faciles. Ce qui est sûr c'est qu'elle a un petit garçon très courageux et patient.

Ce billet, elle l'a préparé en pensant à Nicole, une dame qu'elle ne connaît pas personnellement mais qui passe toujours par là pour écrire combien Rémi est fantastique ou pour soutenir aussi les moments difficiles.

A la question posée:« J'espère Rémi que tu as été bien gâté »
Madame B pense pouvoir répondre un oui, pour lui. Sa petite bouche toute marron trahit la gourmandise du petit homme et l'expression de son visage à la découverte de la poule en chocolat qui attendait d'être décrochée, parle de joie. Après analyse de la volaille, découvrir qu'à l'intérieur il y a des petits poissons de couleurs et des petits œufs ont fini de le combler. Une journée entière passée avec son papa et sa maman, dans le jardin, entouré de « vrais »petits lapins, sans obligation de sieste...

Oui, il a passé une bonne journée.

mardi 7 avril 2009

Jeu de ballon

« Tu as entendu Rémi rire comme un fou, tout à l'heure? »

Monsieur B était dans son bureau, absorbé par son travail: non, il ne l'a pas entendu. Alors Madame B lui ordonne: « Il faut que tu viennes voir ça ! » Elle était vraiment très contente de l'exploit et d'entendre ce rire si bienfaisant dans tout le jardin.

Toucher du pied le ballon et le voir avancer, il savait faire depuis longtemps et il s'en intéressait pas plus que ça. Mais ce matin, pour la première fois, il a senti ce que la force entre le ballon et le pied pouvait faire. Il a parcouru tout le jardin avec sa maman. L'orgueil qu'elle éprouvait à ce moment là était digne d'une mère d'enfant différent.

« Rémi tu viens jouer encore au ballon ? »

Rien que de voir le coup de pied de Madame B en direction du ballon, il était déjà reparti, avant même la fin de la question, prêt pour être le vainqueur...

Monsieur B savoure l'instant. Il est bien d'accord avec Madame B lorsqu'elle lui dit, tout en jouant:

« Tu te souviens l'an passé des difficultés qu'il avait pour marcher dans le jardin ? Regarde aujourd'hui les progrès! »

Il fallait retourner travailler, la pendule de la cuisine montrait 15h et Rémi pouvait aller se reposer, il devait être bien fatigué et une sieste serait la bienvenue.

Rémi encouragé par les applaudissements de son public favori, continue à faire valser le ballon un dernier petit coup, quand tout à coup...

Elle l'a vu tomber, Monsieur B l'a entendu de son bureau et il sait ce que ces cris là veulent exprimer. Il surgit dans le jardin et Madame B lui dit qu'il s'est tordu. Elle ne sait pas où ni quoi mais il s'est tordu. Peut être le bras, du côté gauche. Rémi a pleuré. Beaucoup pleuré. Il a fini par s'endormir dans le lit des deux parents un peu assommés devant leur impuissance face au désarroi de leur bébé. Attendre le calme avec l'aide d'un antalgique. Rémi s'endort une demi heure et à son réveil, Monsieur et Madame B comprennent qu'il faut partir aux urgences. Leur fils n'a pas "rien" Rémi comprend ce que les yeux de sa maman lui disent et il signe qu'il veut aller chez le docteur.

La radio a montré sur la jambe gauche, le tibia cassé. Rémi a beaucoup pleuré mais maintenant il est rentré. La douleur reste vive. On peut la lire sur son visage. Monsieur B a ramené un fauteuil « qui roule »

« Tu viens, on sort Capi et Leia peut même te pousser »

« Oh... Chouette! ça doit être rigolo à pousser » ...

vendredi 3 avril 2009

Une histoire d'homme

Bien observer son papa avant de commencer.

Positionner parfaitement ses mains.

Allez... démarrer la machine.

Au boulot!

Surtout rester bien concentré...

jeudi 2 avril 2009

Magie

Pour une fleur ou un sourire, il y a le printemps juste derrière la porte. Pour la maman face au tableau il y a un petit garçon avec un feutre dans la main. Il a mis de la magie sur le visage de ses parents. Monsieur B applaudit et demande une photo de l'œuvre réalisée. « C'est Rémi qui a fait le bonhomme-têtard maman ? »

Il y a des jours comme ça... Ou plutôt des instants comme ceux là, où le rendez vous est au paradis. Madame B lui tend les bras pour s'envoler au pays de la parole et lui, c'est avec les images qu'il répond présent à l'attente de sa maman.

Il reproduit du bout du feutre, rouge, vert, bleu et même noir: Des ronds, des traits qui descendent ou qui courent sur toute la largeur de la feuille blanche. Au gré de sa fantaisie, ou juste aux côtés de ceux qui veulent bien lui montrer le chemin. Là, il examine au détail près tout ce qui se passe devant ses yeux, ou encore dans l'histoire qui se raconte avec les traits et les ronds assemblés pour créer un bonhomme, un avion, un cheval ou son favori: un petit garçon. Il aime voir son nom écrit juste en dessous.

Ce matin, derrière son caddie, Madame B est passée dans le rayon des petits livres en plastique avec des pochettes pour y glisser des photos. Ranger les favorites de Rémi dans ce genre de petits livres, ça aiderait sûrement... Elle l'a imaginé très heureux de reconnaître les personnes qu'il aime, les choses ou les animaux.
Les petits sons lorsqu'il est content ou pour dire « Tu as vu ? » « Oh regarde ? » « Encore maman! » ont fait écho dans la tête de Madame B, un peu agacée en ce moment et même gavée de tous ses jolis sons remplis de bonne volonté et d'envie de raconter.

Une marée basse qui ne se termine pas. Dans le rayon en face, avec des feutres à offrir. Les derniers achetés à la mine trop fine déplaisaient à l'artiste. Sortir la pochette et la tendre en « cachant » tout ce qui s'était passé au supermarché. Sourire et y croire...

Merci Rémi, petit garçon formidable, n'oublie jamais de remettre les pendules à l'heure, d'un coup de crayon si tu le veux. La vie est facile, une seule attitude: Reconnaître sa magie.