Remilou

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 27 mars 2009

Moral

Il y a des courriers qui félicitent le travail effectué, ceux qui disent bravo Rémi et géniale Madame B. Il y a des courriers qui veulent consoler: Rémi va y arriver et conseillent la patience. Et puis, il y a celui qu'elle a reçu la semaine dernière qui a demandé: et le moral ? Ses doigts prêts à rassurer se sont posés sur le clavier. Les épaules se sont relâchées. La pause s'est imposée. Madame B embarrassée, n'a pas su répondre.

Durant la première année, la question était posée assez régulièrement. Elle la retrouvait lors d'une discussion entres amies ou bien dans le regard de gens bienveillants. Elle croit qu'au fond elle aimait l'entendre car à chaque fois elle racontait ses peines et ses joies aux côtés de son bébé. Ainsi, elle rassemblait tous les positifs ou au contraire, elle déversait ses désespoirs mais à chaque fois, elle en sortait remplie de courage et d'envie d'avancer.

La routine a pris les rênes et surtout les plus grandes peurs se sont volatisées avec les progrès de Rémi et les résultats positifs des examens. Les yeux se sont tournés chacun vers leurs occupations, leur vie à eux. Les nouvelles de Rémi sont toujours demandées et les compliments pour les parents fantastiques restent généreux. Mais les nouvelles concernant son moral sembleraient avoir disparues. Et là, elle reçoit un courrier lui demandant de regarder un peu le temps qu'il fait par là bas alors Madame B dirait que:

S'il fallait lui trouver un surnom, elle lui donnerait océan comme le meilleur représentant de son moral. Il y a des marées hautes et des marées basses. Elle qui ne connaissait que les courants de la Méditerranée et qui l'aimait surtout pour son calme, elle critiquait celle d'en face et déclarait qu'elle détesterait y aller parce qu'il fallait attendre le haut ou le bas pour s'y baigner, que l'horizon n'était pas fixe, qu'elle se perdrait sans doute dans le chagrin d'une perspective sans stabilité.

Alors voilà, le moral, son océan à elle, la surprend parfois et ses marées, même très fatigantes sont devenues sa source de vie aujourd'hui.

mardi 24 mars 2009

Les ciseaux

Elle avait entendu prononcer le nom d'ergothérapie en début d'automne dernier. Les personnes qui côtoient Rémi seront toutes d'accord pour avouer qu'elles ont dit un jour:

« Il a des mains de bûcheron ».

Difficile alors de gérer l'hypotonie musculaire doublée d'une taille de géant. Voilà ce qu'elles avaient conclu toutes les deux, dans le bureau de la psychomotricienne. Elle avait proposé d'attendre encore un peu, lui laisser du temps...

Le temps est passé et aujourd'hui notre petit battant avance sur sa petite moto bien assis avec un bon équilibre et les ciseaux en main, il devient un véritable chef en la matière du découpage de papier. Très concentré et appliqué, il étonne Madame B qui lui accordera le privilège d'être le premier de ses enfants à s'en sortir aussi bien pour une première fois avec cet outil de petit écolier.

Maintenant, dès qu'il voit sa maman porter sa main en direction de l'objet, c'est lui qui veut faire et tout seul il enfile son pouce puis l'index accompagné du majeur dans les ciseaux. Attention, un deux trois...

Impeccable coïncidence. Hier soir, Rémi signe « pain » et montre la baguette sur la table. Monsieur B lui demande de le dire avec la bouche car pain ce n'est pas plus difficile que de dire papa. Alors bien sur, Madame B ravie de cette occasion, propose à son petit garçon de montrer à son papa qu'il savait jouer à taper dans ses mains à chaque syllabe prononcée. Rémi adore le jeu et très vite « pa » se transforme en « pain » tout timide mais ouiiii, il l'a dit à plusieurs reprise.

Lorsqu'à la maison la mode est de couper les syllabes de papa en tapant des mains et de couper le papier avec les ciseaux, ni une ni deux...

« OH! Bah regarde Rémi, tu as coupé le mot papa ! »

samedi 21 mars 2009

Un avion

Il appelle ça de l'art populaire. Elle, elle dit que c'est assurément plus que ça.

Ce matin, Rémi a cassé son dernier petit avion qu'il avait reçu de "La Globule"

Madame B est partie trouver le papa du jeune « testeur de solidité ». « Toi qui sais faire de belles choses en bois, pourrais tu lui fabriquer un avion ? Il serait solide, c'est ce qu'il lui faut... Saurais tu le faire avec une hélice ? »

« Je peux essayer »

Aussitôt demandé et le voilà qui disparaît dans le garage avec les outils appropriés. Ce qui est encore plus fantastique, c'est qu'au bout de dix minutes à peine, on peut déjà imaginer l'engin. C'est comme si ses mains étaient formées d'un modèle de l'avion, naturellement, elles dessinent le jouet. Au bureau pour l'après midi, c'est en fin de journée qu'il est reparti se cacher. L'impatience de Madame B commence un peu à la titiller. « Tu visseras tout ça après, allez... donne lui maintenant »

Monsieur B, homme perfectionniste, résiste à la grande tentation et termine son oeuvre toute entière avant de l'offrir à son fils. « Non, toi offre lui. C'est toi qui l'a fait: Pour lui. »

Instant magique. Juste entre père et fils. Ne pas déranger. Juste admirer, un peu à côté mais effacé. Madame B laisse faire, presque des larmes dans les yeux. Dans son cœur c'est le papa de son fils qu'elle voit. Le sentiment est renforcé parce qu'elle n'a pas eu de vrai papa et vivre ces moments forcement, ça fait boum-boum encore plus fort car c'est bien un comme celui là qu'elle aurait aimé.

Sur le côté droit du blog, il y a des catégories et penser à y mettre celle des travaux en bois de papa est une très bonne idée. Cet hiver il y avait eu la hache, cette fois c'est l'avion et dans quelques temps il y aura...

Non, rien à dire sur le sujet aujourd'hui, c'est un secret!

mardi 17 mars 2009

Psychomotricité

Depuis trois jours dans la cuisine on peut y voir une porte ouverte de onze heures à dix sept heures. La fin de matinée, juste lorsque le petit garçon de la maison commence à trouver le temps un peu long avant le retour de Leia, le repas et une maman qui devient indisponible à ce moment là. « Rémi après, tu vois bien que je prépare à manger. »

Alors lorsque Madame B propose une petite virée dans le jardin, Rémi sourit et court chercher son gilet. « Tu sais Rémi, ce matin c'est plutôt la casquette qu'il faut mettre »

Les lapins aussi profitent de ce début de printemps. C'est un plaisir que Madame B se garde. Ouvrir les clapiers et regarder ses petits amis détaler après l'avoir saluée.

« Maman, maman! »

Rémi appelle. Dans sa voix il y a de la fierté. Aucun doute, Rémi vient d'accomplir un exploit.

Debout sur un rondin, il lève les bras pour dire: « tout là-haut » Alors tant pis pour le repas, il attendra un peu, ce matin priorité pour une séance de psychomotricité.

Madame B ramène un autre rondin, puis un autre et encore un autre... Ça faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas senti la douceur du soleil sur ses joues et dans son travail. Mais ça en valait la peine. Voilà le petit Rémi acrobate. Un peu hésitant au début, au bout de trois aller-retours son rire s'entend de plus en plus fort. Défier le vide juste sous ses pieds au moment de passer de l'autre côté plaît apparemment beaucoup.

« Rémi cette fois il est temps d'arrêter, je dois préparer le repas »

Madame B lui propose les plaques de carton posées depuis deux jours. Elles sont là pour préparer le sol au potager mais en attendant de planter, Leia a décidé de les transformer en planches à courir. Leur souplesse offrent une sensation très amusante sur le terrain du jardin.

Ce matin, comme un grand, Rémi a décidé que ce serait pour y danser!

« A table! »

jeudi 12 mars 2009

Petits progrès ou trop bien compris ?

En colère-fâché, triste, fatigué et content. Madame B lui a appris toute cette semaine à exprimer ou bien à lire sur les visages toutes ces émotions là. Rémi les a bien compris. A peine sorti du lit, Madame B lui annonce qu'il ne reste plus aucun « dodo » à faire puisque c'est bien aujourd'hui qu'ils partent tous chercher Leia chez son papa:

« éa dédé ? » « Oui Rémi, Leia est chez Didier... »

C'est pendant le petit déjeuner qu'il décide de parler de ses émotions. Il se décale sur sa chaise pour laisser de la place qu'il montre du doigt:

« éa! » « Tu veux que Leia vienne s'asseoir là ? »

C'est avec un large sourire qu'il répond et en croisant ses bras contre sa poitrine, tenant ses épaules, il ferme les yeux très fort et il se berce en répétant encore une fois, pour continuer sa phrase:

« éa! »

Madame B a bien entendu que son petit garçon compte faire un gros câlin à sa grande sœur et que Leia lui a beaucoup manqué.

Ça, c'était samedi dernier.

Il y a eu ensuite la fin du week end ou il a fallu que tout le monde ici ce ré-habitue encore une fois au changement et accepter que ces vacances étaient terminées.

«demain matin, Tu vas voir l'orthophoniste, Michèle» C'est Monsieur B qui se charge de l'emmener là-bas car avec lui c'est facile d'entrer dans le bureau et de voir la porte se refermer. Rester avec la dame, qu'il connaît bien maintenant, sans aucune hésitation parce que derrière la porte il y a papa qui attend très sereinement et parce qu'avec maman la séparation aurait été, sans aucun doute, un peu difficile.

Demain Madame B n'entrera pas dans le bureau triomphante pour raconter à « Michèle »:

Juste avant la sieste d'hier, Rémi s'est aperçu que son lit n'était pas fait et il a couru ouvrir son armoire en disant: -mon-da, mon-da, mon-da
Il voulait dire mon drap.

Elle ne lui dira pas non plus que Rémi a vu sa future école, que l'endroit lui a beaucoup plu et qu'il avait bien voulu donner un bisou à la maîtresse avant de partir et que ce jour là Madame B a compris ce que les yeux de Rémi lui ont dit au moment où Leia a demandé à son petit frère:

"Alors Rémi, elle est bien ton école ?"

Ses yeux disaient:

"Raconte lui maman à Leia, Vas y je t'écoute aussi..."

Devant sa jubilation, elle n'a pas su de quoi habiller le sentiment qui l'a traversé...

Et si son petit garçon n'avait plus sa maman pour tout comprendre, tout expliquer pour lui... Que ferait-il alors ?

vendredi 6 mars 2009

Vainqueur

Un regard timide, une récré au milieu des journées sans fin. Derrière cet oeil qui a peur du vide, c'est l'envie qui lui soutient le regard. Elle veut l'emmener vivre avec eux sa vie. Dans tous les livres aucun écho de ce qu'il est lui...

C'est son fils à lui... à elle. C'est un enfant de lui et d'elle. C'est à lui qu'il ressemble le plus. Il est encore loin de ses dix-huit ans, elle profite pour lui parler d'amour, celui qui rend magnifique.

Elle se souvient en ouvrant les dossiers. Désir de sortir quelques photos de la centrale. « L'œil » de Justine les avait surpris tous les deux. Sur le lit de mamie, elle s'en souvient, c'était il y a un an. Ses yeux s'arrêtent net sur la petite main. La photo sera sortie et accrochée, bien fixée sur un mur de son bureau. Les personnes qui passeront poseront un doux regard dessus: Madame B et son bébé. Ils ne verront rien d'autre... Ils ne verront jamais que pour poser la main sur le visage de sa maman, il a fallu que petit Rémi lève le bras. Ils n'imagineront pas à quel point Monsieur et Madame B l'auront soutenu leur fiston, accompagné pour y arriver. Certains savent que ce petit là est un battant mais pas à quel point cette main avait comblé Madame B ce jour là. C'est toute une vie, un combat sur cette photo. La main ne serre pas encore vraiment, mais qu'importe. L'envie d'y être, de la connaître tout entière cette personne en face à qui il aura fait une place au fond de son cœur.

dimanche 1 mars 2009

A trois

La maison s'est ré-appropriée son silence. Ses fidèles occupants recouvrent leurs habitudes. Toujours heureux de ranger la routine pour quelques jours et toujours heureux de l'accueillir après un temps passé à laisser les heures de repas déborder et le coucher ou autoriser le feignanter.

Rémi aura profité lui aussi des avantages et du bonheur d'avoir plusieurs de ses sœurs à ses côtés. Toujours une pour un livre à raconter, une tour à monter, un thé à avaler. Attendre le loup au détour d'un couloir ou bien derrière une porte, essayer de courir pour lui échapper, défier encore et encore cette pesanteur qui depuis sa naissance n'a de cesse de le défier lui. Apprendre à se cacher : « Rémi tu comptes: 1-2-3 et après tu me cherches » Il a bien compris le jeu et derrière ses mains posées sur son visage, la petite voix compte: « un-un-un »

Des journées bien remplies. Difficile à accepter l'idée d'une sieste ou du coucher le soir alors que les grandes sœurs rient, jouent, discutent avec maman. Impossible de comprendre qu'il ne faut pas toucher aux Playmobils bien rangés dans l'écurie, la clinique ou la petite maison inventée par les toutes jeunes demoiselles en plein délire créatif et qui n'ont absolument pas envie de partager leur "porcelaine" avec un "éléphant".

Compliqué aussi pour un petit homme de courir après une maman toujours occupée qui ne prend même pas le temps d'entendre vraiment ses cris.

Un trop plein de frustrations. Ça ne va plus depuis quelques jours. Monsieur et Madame B n'ont pas pris le temps ou plutôt ont laissé le temps passer et s'accumuler le manque, le vide chez leur petit garçon triste et malheureux:

« Rémi tu dis chocolat, Rémi tu m'aimes, Rémi tu me fais un bisou, Rémi NON, Rémi file de là, Rémi t'es chiant, Rémi elle s'en va, Rémi ne touche pas, Rémi j'ai pas envie, Rémi je ne comprends pas, Rémi je n'ai pas le temps, Rémi va voir tes sœurs, Rémi pas tout de suite... »

Lorsque la portière de la voiture se referme, Rémi explose en sanglots, il se jette en arrière dans son siège auto, encore et encore . Madame B a vite compris qu'il fallait décrocher sa ceinture pour venir s'installer près de son fils. Aucun mot ne peut le raisonner, même les gestes ne peuvent le consoler. Être là, juste à côté de lui et tenter d'expliquer qu'elle comprend son chagrin. Elle lui raconte aussi que les vacances de Leia chez son papa c'est aussi des vacances pour lui car avec une maman rien que pour soi c'est pas mal du tout surtout après une semaine de grandes occupations. Elle lui parle des travaux qu'ils feront tous les deux dans le jardin. Il se calme.

La voiture est garée devant la maison. Rémi exprime déjà son impatience. Dans ses yeux il est écrit tout ce que Madame B lui a décrit tout à l'heure et après un petit câlin pour bien se réveiller de la toute petite sieste qu'il venait de faire en voiture, le voilà parti à la recherche des outils de grand jardinier: Sa brouette et sa tronçonneuse, une main qui demande de l'aide pour descendre la marche qui mène dans le jardin. « Avec ce beau temps, je vais sortir les lapins. Tu voudras leur donner des carottes ? »

Ils resteront tous les trois dehors jusqu'à la tombée de la nuit. « Et si tu rentrais pour prendre ton bain avec papa maintenant ? »

En bas, Madame B prépare la soupe, commence le rangement de sa cuisine et laisse doucement s'installer la tranquillité d'une semaine à trois...