Remilou

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vendredi 30 janvier 2009

Elle aussi

Elle aurait pu tourner la tête, gênée par la lumière du soleil qui traverse la pièce, qui vient éclairer la chambre.
C'est elle cette fois que le virus a attrapé.
Le visage reste tourné exprès juste dans le champ de la lumière. Un sourire de douceur et de repos remercie cet instant, préambule au printemps, même si elle sait qu'il est encore loin. La toux s'est calmée, ne plus bouger pour ne surtout pas la réveiller. Le corps de Madame B est éreinté à force de tousser. Le tout petit malade s'est endormi lui aussi, il a fermé les yeux pour une sieste qu'on ne sait si elle sera longue ou écourtée par le réveil des chatouillis dans ses petites bronches et qui le fera tousser. Elle profite de ce moment pour s'abandonner au plaisir de l'inactivité.

Elle laisse vagabonder son imagination. La fabrication d'un enclos pour laisser courir les trois petits lapins de la maison, elle l'imagine beau aussi. Le potager, il faut tout recommencer car maintenant elle sait que quatre carrés ce n'est pas suffisant et puis il faut élaguer quelques arbres par ici, trop d'ombre pour espérer voir les légumes mûrir. Dès que les températures resteront au dessus de dix degrés, il faudra attaquer la rénovation des vingt fenêtres de l'habitation. Elle pense à la terrasse aussi, ils ont vraiment envie de la faire avec les pierres trouvées dans le jardin, là encore il faudra retrousser les manches.

Madame B soupire en pensant au courage qu'il faudra trouver pour vider les dernières pièces des saletés et autres qu'ils ont trouvés en arrivant, il y a maintenant un an. Commencer la décoration des chambres des enfants, Leia sera tellement contente de voir son « chez elle » enfin coloré et décoré. Les idées pour la chambre de Rémi ne sont pas encore claires: Thème petit écolier, petit garçon modèle ou bien les avions...Pourquoi pas les chevaux, la campagne et garder un côté pour une galerie aux souvenirs.

Madame B soupire en pensant qu'aujourd'hui il fait beau, elle aurait dû profiter de la sieste de son petit garçon, qu'elle sait grande maintenant, elle aurait eu le temps d'achever la rénovation du vaisselier acheté au vide grenier du village à la fin de l'été... Elle s'endort. Au réveil, plus de soleil, juste des oiseaux encore très heureux de chanter leur journée.

mercredi 28 janvier 2009

Besoin de comprendre

Il s'est détendu et le souffle est revenu. Il retrouve son papa et sa maman. Pourtant quelque chose a changé, sur le visage de ses parents s'affiche sans doute encore la stupeur qu'il ne peut comprendre. Après la coupure de contact, le court-circuit, Rémi reprend place dans sa vie et entend les voix de ses parents encore engourdies, émues: « Tu nous as fait peur! »

A partir de cet instant, il devient le spectateur d'actes médicaux portés sur lui. Ses parents confient aux personnels soignants que Rémi appréhende la nouveauté, qu'il fallait être prudent, aller doucement. Durant sa toute petit vie, il a appris à se méfier des « blouses blanches ». Seulement voilà, le petit garçon de Monsieur et Madame B a des ressources là, tout au fond et sait aller les chercher lorsque la situation le demande. Dès le débarquement des premiers secours à la maison, il s'est mis en mode « Petit-malade-coopératif ». Aucun son, aucun signe, presque vide, Rémi se laisse examiner. A l'hôpital, lorsque ça devient trop impressionnant, c'est en mode « Petit-malade-endormi-profondément » qu'il se transforme. Personne ne peut le réveiller. Avec le sourire cette fois d'un souvenir pourtant difficile, Madame B a deviné. Au service de Néonatalogie, il avait le don de sombrer dans un sommeil très profond à l'approche des « blouses blanches ». Chaque matin, un groupe d'environ quinze personnes venaient « étudier » les nouveaux nés au service des prématurés. Madame B était avec son bébé, les yeux dans les yeux et juste lorsqu'ils se pointaient, elle le suppliait de garder le contact, exactement comme ça, qu'il le fallait pour leur prouver à eux qu'il n'était pas qu'un légume, qu'il savait vivre lui aussi.

C'est juste après l'ouverture automatique de la porte de sortie que le comportement de Rémi a changé. Madame B en plaisante avec Monsieur B :« C'est peut être parce qu'il préfère rester à l'hôpital. » Une heure après son arrivée à la maison, Rémi se réveille d'une petite sieste commencée dans la voiture, grogne, gesticule, exige d'être porté et la seconde d'après c'est le contraire qui est demandé. Monsieur et Madame B ont compris. Il sature, il faut que les larmes sortent, il est prisonnier de ses émotions, de ses questions sans réponse, qu'il ne peut verbaliser. Ils invitent Rémi a les rejoindre dans leur lit, là au milieu, entre papa et maman. Rémi connaît très bien ce rituel. Il se jette sur le matelas et commence à se débattre, les larmes n'arrivent pas, la pression est telle qu'il lui faut de l'aide pour sortir de là. Après la lecture d'un livre et un bébé presque sans larme, Ils avaient appris à comprendre les bénéfices d'une décharge émotionnelle. Ils Serrent doucement Rémi dans leurs bras tout en l'empêchant de partir dans tous les sens. L'entourer, le protéger, compatir. La colère et le stress de deux jours intenses éclatent alors dans un sanglot et des cris de rage. Les parents essaient de poser les mots, d'expliquer ce qu'il s'est passé. Rémi se calme, Rémi s'endort. La fin de journée n'est plus tempête mais le soleil n'est pas encore de la fête. Il faudra un peu de temps et peut être encore quelques larmes mais en attendant, le facteur a apporté un peu de gaieté dans la matinée. Le Noël de bon papa et bonne maman n'était pas terminé. De la pâte à modeler, tout plein de couleurs, dans des tas de pots, voilà une récré bien méritée.

mardi 27 janvier 2009

Rentré

Plusieurs fois elle a entendu la question, celle qui est posée généralement par habitude ou quelques fois par simple politesse, un prélude à la discussion. « Et toi, ça va ? »

Lui aussi a posé la question, plusieurs fois même. Madame B répond par l'affirmative car elle va sans doute bien oui, son bébé est rentré, son bébé va bien maintenant. La fatigue gagne manifestement la bataille et les nerfs rendent leurs armes doucement. Seules les quelques minutes de cet affreux matin ne s'effacent pas et semblent museler la joie de ce retour à la maison. Des images, des mots, des gestes et surtout la brûlure dans le ventre si chaude si dévastatrice lorsqu'ils se disent avec les yeux puis lorsqu'elle le crie: « Rémi ne respire plus! » Là, c'est trois vie en suspend. La suite de leur destin, elle la croise part la pensée « Mon bébé est mort! » Elle hurle au téléphone de venir au secours de leur petit...Petit bonhomme encore si vivant se crispe et prend à plein poumon l'air que lui donne son papa en soufflant encore et encore. L'espoir est là, lorsqu'elle entend: « C'est bon! Rémi respire! » le destin a choisi... Alors même si sa mémoire lui rappelle par moment le son d'une voix, celle du papa de son fils, crier:  « Rémi-Rémi!!! » « Appelle les secours vite!!! » Madame B répondra oui à la question: « Et toi, ça va ? »

A table ce soir, Monsieur et Madame B se sont dit pour la trentième fois: "On a eu peur". Ils essaient timidement de partager leurs émotions sur le sujet. Ce soir, Rémi est au lit sous haute surveillance.

"La peur n'évite pas le danger" Madame B l'a entendu de la bouche de sa maman des centaines de fois et pourtant ce soir: Madame B a très très peur...

lundi 26 janvier 2009

virus

Jamais elle n'avait senti le sol s'écrouler sous ses pieds, elle avait entendu ou lu des récits sur le sujet mais elle ne pouvait bien sûr pas vraiment le sentir jusqu'aux tripes sans l'avoir jamais vécu.

Ce matin Madame B a vécu une chose effroyable. En l'espace d'une demi seconde elle a vu sa vie basculer. Pendant que Monsieur B essayait de réanimer le petit corps de son bébé chéri, elle a pensé que c'était fini. Plus jamais les choses pourraient être comme avant, pire encore! Aucune vie possible sans lui. Son petit Rémi a convulsé ce matin au réveil. Une forte poussée de fièvre trop rapide en serait la responsable. Ce soir, il est à l'hôpital avec son papa. Il est épuisé mais reste fidèle à lui même: Courageux et joueur, « toujours de l'avant »... Le vilain virus de la grippe a frappé ainsi qu'une double otite.

Ce soir pas de mot ni de récit. Juste envie de crier sur la terre entière ce que toutes les mamans de l'univers croient savoir mais au fond ne savent pas vraiment à quel point un enfant à sa place, une vraie place dans la famille et dans le coeur d'une mère....

dimanche 25 janvier 2009

Fièvre

Elle avait pourtant tout fait ce qu'elle pouvait pour ne pas voir débarquer ce qu'elle redoutait depuis deux semaines. Elle avait lu les journaux, c'était arrivé dans la région, il fallait faire attention aux personnes fragiles. Elle avait fait la leçon à Leia, répété qu'au retour de l'école elle devait se laver les mains, comme elle avait si bien appris à l'hôpital, au service des prématurés. Elle surveillait même que ce soit bien fait. Les grandes courses avaient été organisées sans lui: « Il serait plus prudent de ne pas l'emmener avec nous durant cette mauvaise période »

En début d'après midi il était grognon. Madame B a mis ça sur le compte de son week end très animé. Lucie est venue passer ces deux jours en notre compagnie, elle a joué des heures durant avec son petit frère infatigable en sa présence. C'est au moment de la sieste qu'elle a senti son petit corps tout chaud, elle a confié ses doutes à Monsieur B qui l'a suivi dans la salle de bains pour vérifier si leur petit garçon avait bien de la fièvre comme elle le pensait.

Ils vont laisser passer la nuit et demain elle décrochera le combiné du téléphone pour appeler le médecin. Il viendra à la maison voir le petit malade. Madame B n'est pas très rassurée malgré l'efficacité du médicament donné. La température retombée, Rémi joue un peu malgré une grande fatigue et il mange bien... Elle n'aime pas la toux qui commence discrètement à prendre du terrain. Ce soir, elle se demande comment Rémi arrivera à supporter la grippe si c'est elle la responsable de cette forte fièvre.

vendredi 23 janvier 2009

Petit garçon

Elle a vu naître quatre filles avant d'avoir un fils. Il est arrivé parce que l'amour l'a commandé. Quoi de plus normal dans la vie d'un homme et d'une femme amoureux que de vouloir un bout des deux rassemblés pour former un bébé ? Ensuite ce n'est sûrement pas le hasard qui s'en est mêlé.

Elle a toujours admiré chez ses copines la patience qu'elles avaient face à leurs progénitures masculines. Elle vantait même parfois la chance qu'elle avait de n'avoir eu que des filles à élever.. Pas de bruit de tracteur, de voiture, de tronçonneuse. Pas de camion dans le couloir ou de petit bolide sur pieds, à peine posé, qui court dans toute la maison. Elle se souvient de sa meilleure amie, sans doute la plus courageuse des mamans de petit garçon qu'elle n'ait jamais rencontré. Il fallait qu'elle sorte tous les jours, même les jours de pluie, de grand vent aussi. Jamais une journée tranquille à ne rien faire comme celle que connaissait Madame B avec ses quatre filles. Un ouragan, une fusée et un soulagement à chaque coucher. Elle lui parlait d'un corps douleur, éreinté le soir venu, qu'elle n'en pouvait plus de dire non.

Elle aimait les bretelles posées sur des chemises unies ou à carreaux. Les casquettes à poser et les voitures télécommandées qu'elle ne manquait pas d'aller regarder au rayon des petits garçons. Il lui manquait aussi les souvenirs d'un papa content de bricoler avec son fils, fier d'être le modèle d'un petit bout homme. Complicité qu'elle avait trouvée avec ses demoiselles.

Il a sa façon bien à lui de se réveiller, elle pourrait facilement le raconter.

Il est sorti du nid pas le jour annoncé.

Plus si fragile et si petit, elle n'est toujours pas tranquille.

Elle a appris à l'aimer.

Si familier, les gestes lentement dirigés avec toute sa volonté.

Elle adore son odeur.

Elle avait oublié le plaisir,

La simplicité d'une vie.

on lui a donné la différence.

Sans doute un jour de chance,

Une rencontre sur un autre quai.

Il a tant de chose à voir, petit garçon au début de sa vie.

Il n'est pas si vieux et connaît déjà l'amour,

La fierté de sa réussite.

Petit garçon regarde vers le haut,

N'a pas volé ses instants de gloire.

Peu importe s'il pleut,

Une seule chose compte,

La façon d'être heureux.

mercredi 21 janvier 2009

En amoureux

Un dimanche d'automne en plein milieu de l'hiver. Deux âmes dans une grande maison bien chauffée qui traînent à ne savoir quoi faire. Le bureau de Monsieur B est rempli de papiers à ranger et les travaux d'une cuisine attendent d'être terminés. Madame B propose un peu de couture à son mari qui n'a ni envie d'enfiler son habit de menuisier ni celui de grand couturier. Même ensemble, avec l'être aimé, aucune inspiration pour la maison. Deux idées dans la tête de Madame B: Une visite chez les amis pas si loin d'ici ou bien «se faire une toile ». Le téléphone sonne, Madame B peut raccrocher personne de l'autre côté ce n'est pas aujourd'hui qu'elle ira papoter avec son amie devant une de ses tasses de bon café qu'elle lui aurait proposées après son arrivée. La toile réjouie Monsieur B qui soupire lorsqu'elle lui rappelle qu'il y a un garçon bien trop jeune pour suivre ses parents dans un tel endroit et personne non plus pour garder le petit.

Il y a des dimanches comme ceux là où elle se dit qu'elle aurait dû rester dans son lit. Profiter encore de la chaleur d'une nuit à deux. Étirer cet instant. Refermer les yeux, laisser le sommeil la reprendre encore quelques minutes, sur un bout d'oreiller chipé à l'être aimé, s'enivrer de son parfum comme d'un "réveil matin". Des doigts de pieds aux cheveux, sentir son corps et son âme en total accord pour se lever. Elle s'est levée d'un pied machinal et a pris son café d'ordinaire. Sauf que ce matin, il n'y avait pas d'horaire ni d'école mais juste un soleil qui se lève et se couche et une lune tout aussi fidèle. Il y a des dimanches comme celui là où machinalement l'humeur devient sombre et triste. Un regard qui se porte sur l'être aimé, ses enfants et sa vie. Parfois il faut savoir se laisser tomber pour mieux se relever, elle le sait. La fatigue s'installe, prend ses aises. Le mois de janvier et celui juste après ne devraient jamais exister. Madame B les déteste et même si elle refuse de l'admettre, c'est bien au mois de mars qu'elle pense lorsqu'elle regarde par la fenêtre ou bien le calendrier. Écrire sur l'agenda, toujours au magasin. Organiser un seul jour, une matinée ou même se fixer le but de la journée, la chose qui la rendra très satisfaite de ne plus l'avoir à faire comme ses papiers, l'administratif à elle qu'elle montre du doigt comme exemple à Monsieur B qui aimerait lui aussi trouver l'énergie pour tout terminer.

Aujourd'hui c'est mercredi. Sur internet, elle discute avec une amie. Le conseil s'écrit juste sous ses yeux: Madame B répond qu'ils sont souvent seuls tous les trois mais l'amie répond que c'est encore mieux à deux. Il faut trouver une jeune fille pour venir garder les enfants de temps en temps afin de permettre à Monsieur et Madame B de se retrouver un peu en amoureux.  «  Depuis la naissance de Rémi nous n'avons plus jamais été rien que nous deux... » Lui serait totalement partant. Il faut encore un peu de temps pour elle. Laisser son tout petit bébé qui ne saurait « parler » ses maux durant tout ce temps sans ses parents. Il lui faut du temps pour apprivoiser l'idée Madame B lui a écrit qu'elle en prenait bonne note...

jeudi 15 janvier 2009

Les bottes

Avec le gel des derniers jours, la réserve de bois avait sérieusement diminué et le retard pris le dessus lorsqu'il a fallu emmener la scie à réparer: « Il faut changer le moteur » Lui avait dit Monsieur B en revenant. En hiver c'est la saison des gens malades aussi et depuis lundi, la petite Leia ne va pas à l'école puisque sa maîtresse devait rester sous la couette. « Maman, ma maîtresse toussait beaucoup vendredi et elle disait que ça  s'empirait  » Dans le petit village, les jeunes demoiselles s'organisent leurs après midis de liberté: « Tu veux bien que j'aille voir Coralie après manger ? et Charlène m'a invité demain » La permission de cinq heures lui avait été accordée. Pas après, juste avant ou bien pile à l'heure sinon plus aucune sortie a prévenu Madame B. Il a installé la machine à couper dans le pré: « Je te rejoins dès que Rémi est endormi » Madame B descend dans la cave empiler les bûches coupées en cinquante centimètres. Dans l'interphone le silence s'entend, Rémi dort bien. Elle peut commencer le travail. Les heures passent à l'allure de secondes et les heures se rallongent au mois de janvier. Madame B l'a bien remarqué lorsqu'elle est rentrée rejoindre sa petite fille à dix sept heures pile! Parce qu'elle a entendu dans l'interphone la porte de l'entrée s'ouvrir... Cette porte là oui... Mais pas celle de la chambre de Rémi.

Elles ont trouvé le petit malin derrière la porte de l'entrée chaussé des bottes de Madame B. Incroyable petit bout d'homme fidèle a l'appel de ses idées. Rémi montre son oreille pour dire qu'il a entend le bruit de la scie. Madame B a compris que son petit garçon partait tout simplement rejoindre le bruit car il savait que juste à côté il y avait son papa. Sur le sol de la cuisine, il y a les chaussettes et les chaussures de Rémi qu'il a sans doute essayé de mettre mais devant la difficulté de la tâche, Rémi a dû décider d'enfiler les bottes de sa maman. Les jambes nues n'avaient pas l'air de le déranger.

Devant la jolie bêtise qui se dessinait, Madame B et sa petit fille ne peuvent s'empêcher de rire. Le petit clown a bien compris qu'il venait de gagner un public qui applaudissait la tenue du petit Poucet qui venait de chausser les bottes de l'adulte. Madame B a appris aujourd'hui que son petit garçon avait incontestablement grandi pendant la sieste. Il faudra trouver une autre solution pour la surveillance à distance que l'attente du fameux « maman! » car du haut de ses deux ans et demi il semblerait que Rémi abandonne l'idée farfelue des bébés d'appeler sa maman pour venir le chercher et que sans elle à proximité, Rémi ira jusqu'au bout du monde pour la trouver...

mardi 13 janvier 2009

Ouverture du forum

Bonjour les copines blogueuses de maman!

Alors voilà, ça y est je commence le travail de grand. Maman dit que c'est comme l'école, mais à la maison. Si vous avez envie de voir le détail de mon travail ou de partager le votre, il suffit de cliquer là.

Il faudra vous inscrire aussi, maman ne peut pas laisser entrer tout le monde car il paraît qu'il y a des méchants qui viennent pourrir le forum avec des liens douteux.

Hier, mon premier devoir -je l'ai adoré- même si maman a douté et a voulu recommencer encore une fois l'exercice « pour être sûre »... Alors là, je lui ai montré vite fait en faisant n'importe quoi qu'il fallait passer à autre chose. Mon papa, il a bien compris ça et hier, il a un peu disputé maman. Après, c'est moi qui ai montré à maman à quelle place elle devait ranger les objets pour finir, comme ça tout le monde a été content.

Ce matin, j'ai retrouvé le plateau mais cette fois maman m'a demandé de retrouver leur photo. Quel travail elle a dû avoir quand même ma maman! J'aime bien montrer les images avec l'index, maman applaudissait tellement elle était contente. Ensuite, elle m'a demandé de mettre les deux objets dans le couvercle, sur l'image. Elle répétait souvent « c'est pareil » ou « c'est le même » elle avait l'air vraiment fière de moi alors je me suis applaudi aussi ce matin.

lundi 12 janvier 2009

Direction

Elle était pourtant partie avec le doute.Partie avec un corps fatigué. Classique rhume d'hiver: Toux et nez bouché. C'est l'envie incontrôlable qui l'a traînée jusqu'à la voiture. Elle a embrassé sa petite fille après lui avoir répété les consignes avec son petit frère à surveiller. Monsieur B était dans son bureau mais il fallait le laisser travailler. Accroupie en face de son petit garçon, elle lui rappelle d'être gentil avec sa soeur, que sa maman partait monter à cheval. Rémi « signe »pour dire cheval et montre les bottes que Madame B avait aux pieds.

C'est arrivée au village juste avant celui du centre équestre qu'elle s'est aperçue qu'elle avait oublié son casque et que ses doutes sont revenus. Elle pensait faire demi tour, s'excuser au téléphone de son absence, qu'elle se sentait trop faible ce soir.

Elle est entrée dans la salle. Elle a trouvé un casque juste à sa taille, pourtant, elle déteste poser sur sa tête celui qui n'est pas le sien. Elle l'a fait ce soir. Dans le manège, elle se dit encore une fois qu'elle aurait mieux fait de rester dans sa maison, son corps est si lourd qu'il lui faudra trois essais avant de réussir à monter en selle. Au trot enlevé elle est de plus en plus certaine de s'être trompée. Son dos pèse lourd, elle n'arrive pas à le décontracter et le froid se fait sentir dans ses bottes et l'impression de n'être plus qu'une paire d'oreilles. Il est tellement présent qu'elle a beaucoup de difficulté à se concentrer sur autre chose. Le petit nouveau de la reprise attire toute l'attention du moniteur. Madame B se réchauffe, doucement ses muscles se réveillent, elle se détend, la toux disparaît et la respiration se fait par le nez, Elle laisse place à la concentration et le plaisir de l'instant. Les doutes s'envolent, le moniteur propose le galop...

Madame B préfère à gauche, il demande le départ à droite. Un tour, deux tours, madame B écoute la consigne, la prochaine figure à réaliser. Au moment d'y aller, elle laisse sa jument partir tout droit. Elle se prépare à y retourner mais la même erreur se reproduit. La faute est dans le regard, la certitude de sa direction. Il lui explique. Elle sait. Elle sourit. Voilà pourquoi Madame B aime tant l'équitation. Toujours ajuster son corps à ses pensées. Jamais lâcher l'idée, tenir bon, rester concentré. Tout son contraire, tout ce qu'elle veut être depuis des années. Elle en ressort à chaque fois avec la tête haute sur ses épaules. Sans aucune prétention car attention, l'équitation c'est aussi l'école de la sagesse, elle sait qu'à n'importe quel tournant sa monture peut l'envoyer valser, la remettre à sa place si elle sent l'aisance l'emporter.

Madame B est rentrée très fière de ses prouesses ce soir. Elle l'a raconté plusieurs fois à Monsieur B ravi de l'écouter et surtout de voir ses yeux briller. Elle a raconté ce qu'elle avait senti en suspension sur les étriers en plein galop et la tête tourner vers la direction, sentir résister la jument et tenir le mors, en douceur mais fermement là où les yeux demandent. Y croire. Aucun gagnant, juste une main qui guide, juste un regard qui sait... Madame B enrhumée ne cesse d'y repenser. Elle a senti frissonner pendant quelques secondes dans le manège du centre équestre, ce qu'elle pouvait être et a pointé du doigt ce qu'elle est aujourd'hui. Elle pense à ses enfants et à la maman qu'elle est pour eux. Elle avoue qu'elle n'est pas très fière de ce dos voûté, de ce regard baissé. Madame B enrhumée ne cesse de ruminer qu'elle est fatiguée. Ce soir, elle s'est sentie bien, là haut. Ce soir elle s'interroge: Maman avant... Maman maintenant... Avec ses filles, avec son fils... Madame B enrhumée est fatiguée, il va falloir se reposer et commencer à remplir les petites bulles. Petit bonheur attrapé au vol ou, bien mérité. Petites bulles à la règle d'or: L'une ne vit pas sans l'autre. Petites bulles mortelles qui se vident, se ternissent si personne ne vient les arroser, s'en occuper. Petites bulles narcissiques qui aiment être appréciées, cultivées et briller de mille feux tout autour de son maître, unique! Préparer l'agenda d'une année, le planning d'une journée.

La priorité en janvier:

-Organiser le temps et les idées pour amorcer le savoir du futur petit écolier et du petit homme dans la société. -Et bien sûr, veiller au bien-être des petites bulles. Pour chacune vérifier les dosages: ni trop, ni pas assez...

Écrire, raconter, commenter et illustrer ici et ailleurs. Le tout est de trouver l'équilibre. Aider son petit garçon handicapé moteur à bien grandir dans son corps et dans sa tête puisqu'il n'y a plus rien à chercher, puisqu'il y a juste à trouver. Laisser les traces partout dans le monde de cette expérience et ainsi accompagner peut-être de jeunes parents paumés comme elle l'aura été.

L'idée d'ouvrir un forum de discussion, rencontrer des mamans avec les mêmes objectifs et échanger leurs observations, leurs ébauches, leur pratique et leurs richesses. Trouver ici les récits d'un quotidien pas si différent que ça.

En attendant, Madame B s'en va proposer le tout premier plateau des ensembles pour Rémi qui attend avec impatience le chouette jeu promis...

mardi 6 janvier 2009

Hiver au coin du feu

Les rois sont arrivés et la galette partagée avec les voisins et leurs enfants. Leia et petit Pierre sont les couronnés du goûter. Rémi s'amuse de cette nouveauté et adore mettre la couronne sur la tête parce que dans le regard de sa maman il y a des tas d'étoiles très très brillantes, elle lui dit que c'est lui le plus beau des petits garçons de la terre toute entière et Rémi adore être le plus beau aux yeux de sa maman. La neige tombe ce matin sur les routes gelées et dans les prés verglacés. L'hiver a posé ses valises, il s'est installé dans la région. Les fêtes de fin d'année sont terminées et le printemps loin de commencer. Alors pour patienter et surtout pour ne pas laisser débarquer l'impatience des autres années avec sa morosité, Madame B a décidé de se poser, regarder autour d'elle en ne cherchant que les plaisirs de la saison, écouter ses envies. Le soir, prendre du bon temps près de la cuisinière à bois, boire une tisane à côté et se réchauffer juste avant d'aller se coucher, pour ne pas détester le froid dans ses draps. Profiter des longs moments enfermés à la maison pour imprimer, découper, coller. Fabriquer des petits livres que Madame B veut commencer très vite car elle sait que Rémi va adorer et que le langage sera stimulé. Des livres avec Rémi le héros de toutes les histoires. Mettre en œuvre ses idées, voilà du temps qui va passer. Les blogs d'Alexandre et de Sixtine, des mamans formidables, toujours à trouver les nouveautés, simples et ludiques. Madame B va se lancer aussi sur ce chemin là. Ressortir la plastifieuse et trouver un coin pour « travailler ». Peut être dans la cuisine, à côté du feu et de la bonne odeur de la galette qui cuit dans le four.

Et puis, il y a son potager, les semis à la maison vont commencer et participeront aussi largement à écouler les journées. Rémi apprenti jardinier aidera sa maman ou bien ce sera en secret pendant la sieste, il faudra voir si le bonhomme sera assez « sage » avec la terre, les petits pots et les graines... Madame B a envie d'essayer avec lui cette année. Une chose est sûre, elle verra souvent la demoiselle Leia l'assister , elle la voit déjà venir sur la pointe des pieds dans « l'atelier du potager » « Je peux t'aider maman ? Je peux faire un carré cette année ? »... Ne pas oublier de dessiner le croquis pour l'enclos des trois petits lapins de la maison car au printemps, il le faut cette année, pour ses petites boules de poils qui s'ennuient dans leur cage. Madame B veut profiter du spectacle de leurs jolies cabrioles comme elle l'a fait cet hiver avec les oiseaux du jardin. Passer devant une fenêtre et y trouver de l'animation: parfois amusante et sans doute remplie de simplicité, de vie et de partage. Il lui faudra l'aide de Monsieur B qui est déjà très occupé mais pour sa bien aimée, elle sait qu'il saura fabriquer juste ce qu'il lui faut... En attendant, le bois est coupé, il va falloir aller le ranger...

vendredi 2 janvier 2009

Sociabilité

Elle se souvient de ces mots lancés dans le bureau du directeur: « Aujourd'hui, êtes-vous consciente que Rémi ne pourrait pas aller à l'école comme il est là ? » Elle se souvient de cette lettre qui a suivi, de ce cher monsieur qui n'a pas compris les maux de Madame B pour se permettre d'envoyer le coup fatal par courrier:

-Suite au refus de projet de soin... »
Il aura sonné des jours et des jours dans la tête de Madame B ce mot là...
Elle n'avait pas refusé, juste expliqué qu'elle saturait des RDV et des aller-retours en voiture au centre. Elle demandait une pose. Souffler un peu entre mère et fils quelques mois, quelques semaines. Découvrir une vie ordinaire, apprivoiser les gestes et les pensées les plus simples du monde... Les plus naturels... Du recul et du temps pour comprendre l'utilité « d'enfermer » son fils dans une salle avec une dame et des enfants différents pendant une heure ayant comme objectif: « La sociabilisation avant l'école »

Elle y avait presque cru, elle s'était pourtant bien armée, bien blindée mais au fond, il y avait toujours cet écho, cette culpabilité très discrète qui la rongeait petit peu par petit peu... « Et si ce monsieur avait raison, après tout c'est un « professionnel », celui qui sait.. celui qui guide... »

Avant d'installer Rémi en voiture, elle lui a expliqué qu'ils partaient tous les deux rendre visite à une amie. Elle a rappelé les prénoms, l'été dernier, ils étaient venus à la maison, il devait sans doute s'en souvenir. Après une bonne heure de route, ils sont arrivés à destination. La maison était remplie de jolies décorations de Noël, Rémi observait ce nouveau lieu et ses habitants. Tout le monde venait lui faire la bise, le saluer en lui souhaitant la bienvenue. C'est précisément à l'instant où Madame B à enlevé les manteaux et en quittant la pièce « maman revient, attend moi là »qu'elle a repensé aux fameux RDV avec Monsieur le directeur du centre. Rémi n'a pas bougé. Il aurait pu courir vers sa maman en tendant les bras comme l'aurait fait, sans l'ombre d'un doute, l'une de ses quatre filles au même âge. Non, Rémi est resté tranquillement à attendre. L'amie Véronique, l'a ensuite invité à venir jouer dans la chambre de Mathis, le petit garçon de la maison, Rémi a tendu la main dans la sienne et l'a suivi...

Journée entre filles, Madame B a vraiment apprécié le moment. Petit Mathis court dans la maison essayant d'attirer l'attention de sa maman, il a en tous cas réussi avec Rémi. Code génétique de mâle: Montrer qu'on est fort et capable de grandes prouesses. Triomphant, il faut applaudir. Rémi s'applique aussi et rit très fort des clowneries du petit copain... Et puis, il y a les moments partagés entre fille et garçon... Plus calmes ceux là mais tout aussi intenses. Coraline la soeur jumelle de Mathis veut des bisous, ça tombe bien Rémi aime les câlins.

Madame B est repartie avec son fils chéri et l'assurance qu'il était tout à fait sociable. Laissant une fois pour toute derrière elle, les doutes et la culpabilité à vouloir lui faire totalement confiance. Le soir, assise à table pour le dîner, elle raconte à Monsieur B combien elle est fière du regard que porte Rémi vers les autres et de sa capacité absolument exceptionnelle d'observation et d'analyse de situation et réussir à s'adapter aisément aux gens qui l'entourent... Enfin, n'est ce pas là le bon chemin représentant une vie sociale Monsieur le directeur ?

jeudi 1 janvier 2009

Livre fermé

Elle pense à cette nouvelle année entamée. Le dernier chapitre terminé par un point et des cotillons. L'année 2008 a fini de couler. Ruisseau parfois en furie ou tout juste apercevoir le filet avancer mais toujours bien vivant. Admirer les reflets couleur arc en ciel que reflète la lumière du soleil brillant. Un matin comme tous les autres et pourtant celui là sera celui du tout nouveau tome, il faut lui trouver un nom pour sa couverture. Madame B évitera d'imaginer ses récits. Elle sait trop bien que les pages s'écriront jour après jour et que les chapitres peuvent changer leurs mots.

Tenter d'écrire que son regard se tournera vers l'ordinaire. Profiter de tout ce qu'elle a construit. Une année sans regarder l'envie mais le présent. Savourer chaque petite chose que chaque jour lui apportera, persuadée que trop souvent négligées, ces petites choses avaient oublié d'exister. Pas de course et de temps à rattraper. Pas de regrets. Le regard vers l'avant.

Rassurant de le ranger ici. Elle sait qu'elle pourra toujours ouvrir les pages de ce livre terminé, retrouver les souvenirs si le besoin s'en fait ressentir. Accepter ses faiblesses sera sans doute aussi écrit pour l'année 2009 juste à côté des mots: tolérance et respect.

Madame B et Rémi vous souhaite une bonne année 2009.