Remilou

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dimanche 30 novembre 2008

Promesse du vendredi

Cher journal,

Rémi me sollicite régulièrement pour que je lui écrive de nouveaux mots: comme le bonhomme Duplos qu'il a pointé du doigt et ensuite il a montré la feuille de papier. J'aime toujours autant ces moments là pleins de complicité et de soif d'apprendre.

Dans la phrase j'ai introduit le mot «une ». Nécessité absolue lorsqu'une phrase comme .::Rémi mange clémentine::. se construit devant ses yeux... «  Rémi, il manque un mot dans cette phrase. Regarde je vais mettre... Rémi mange... UNE! Clémentine. Ah, oui! C'est bien comme ça »

La semaine est passée trop vite. Les préparatifs de Noël ont gagné du terrain. Les dessins que les enfants font pour Rémi sont remplis de rennes, de cadeaux et de père Noël. Ce dernier commence à devenir vraiment présent par ici... Je ne sais toujours pas comment je vais le raconter à Rémi celui là... Je sens la pause s'installer doucement...

Madame B.

lundi 24 novembre 2008

Monbeausapin.org

Monbeausapin.org est un site de bande dessinée en ligne, qui présente un auteur différent chaque jour de la semaine.

Le truc en plus, c'est que toutes les visites sont comptabilisées. Et juste avant Noël, grâce à son partenaire Orange, Monbeausapin.org versera à la Croix-Rouge Française une somme proportionnelle au nombre total de visiteurs . Ce don sera offert à l'opération "Arbres de Noël" de la Croix Rouge, afin d'offrir des cadeaux aux enfants défavorisés.

Il n'y a rien à cliquer, rien à acheter, il suffit de venir lire de la BD, et en parler autour de soi ! N'hésitez pas à relayer l'information sur vos sites et blogs, ( une bannière est également disponible ).

Et n'oubliez pas que le don dépendra de la fréquentation du site !

samedi 22 novembre 2008

Les chaussures

Madame B sourit aux souvenirs pas si loin que ça et même très certainement encore un peu à la maison... D'une maman stressée en quête de normalité, traquant le moindre signe pouvant pointer la différence de Rémi et se poser là. Observer ce petit garçon dans sa "non-conformité". Prisonnière de la machine infernale des rendez vous finalement là pour enfoncer, graver le mot handicap dans son crâne et au fond de ses tripes. Tout, absolument tout passait par là... Il fallait le jouet approprié pour « guérir » et dans son quotidien le geste était étudié, détaillé, examiné et applaudi lorsqu'il était parfaitement: normal...

Elle est partie avec Monsieur B acheter de nouvelles chaussures adaptées aux coques qui sont arrivées à la maison le matin. Dans la voiture la voilà qui remonte le temps et essaie de retrouver une trace du sentiment ressenti, celui qui vient de se pointer juste là, dans le ventre, celui qui fait mal et qui avait disparu de sa vie depuis plusieurs jours. Dans le magasin, la vendeuse s'étonne de la grande taille de Rémi, doute de l'utilité de tels engins pour les pieds d'un petit homme d'à peine deux ans et demi. Il a fallu que Madame B sorte le mot  "problème musculaire" pour voir le calme revenir et aussi se pointer le regard rempli d'interrogations, de mots "cons" comme "bout de cul", hypocrisie, pour camoufler la gêne du non-dit... A aucun moment elle n'aura été mal dans son rôle de maman. Dans le magasin, Madame B tend les bras à son bébé pour regarder ses pas avancer, "Étudier" la démarche. Lorsqu'elle entend le petit bruit qui annonce l'arrivée de larmes sur le visage de son petit qui avance malgré l'inconfort imposé à ses pieds, elle dit haut et fort: « Non, pas de ça pour Rémi, il est hors de question qu'il porte ces choses là ». Monsieur B plus que d'accord, prend Rémi dans ses bras et les voilà tous repartis pour la maison... La pluie commence à tomber sur la ville... Sa main serre celle de sa petite fille. Reprendre le cours de la vie et c'est tout... Les lumières brillent. Les décorations de Noël sont là mais pas encore allumées... Monsieur B s'arrête devant une vitrine, celle d'une fromagerie, plein de petites choses l'invitent à rentrer dans la boutique. Madame B lui propose de se laisser aller à la tentation pendant ce temps là elle irait, accompagnée de Leia, dans le magasin de "filles" juste à côté... « Il est 19h Leia, la dame va fermer les portes il faut sortir » Elle serait bien restée plus longtemps à écouter sa maman dire toutes les 2 secondes : « Oh! Et ça c'est super beau! Tu trouves pas ? »

Chez le fromager, Madame B retrouve son mari avec un verre de vin à la main et le sourire aux lèvres lorsque Madame B déclare au vendeur que c'est là son chauffeur personnel et que l'alcool est donc à éviter... Il lui a parlé du Beaujolais nouveau... Avec du fromage et de la charcuterie du Pays, le repas de ce soir est ici devant ses yeux. En repartant, Monsieur B s'arrête dans une boulangerie. Du pain tout juste sorti du four: « J'ai pris une baguette avec les petites graines comme tu aimes bien » Dans la voiture, Madame B se réjouit de son festin et juste en passant devant la grande surface... «  Zut il n'y a plus de raisin à la maison » Cette fois c'est elle qui descend de la voiture laissant son petit monde sur le parking et court chercher le fruit qui sera servi dans l'assiette à côté du fromage et des noix.

Leia réclame des bougies pour mettre sur la table. Repas d'occasion. Le vin est bon, un petit feu derrière eux dans la cuisinière à bois et la douce chaleur du chuchotement dans l'oreille de Madame B: « On est bien chez nous » C'est vrai, il y a un an ils arrivaient par ici... Les souvenirs d'orages remontent très vite, elle regarde leur fils... Respire la bonne odeur d'une maison douce et de vie naturellement ordinaire... « Oui, on est bien chez nous... »

vendredi 21 novembre 2008

Cher journal,

J'ai de plus en plus de difficultés à retrouver les mots rapidement dans la boite. Il y en a beaucoup maintenant et il va donc falloir que je trouve une idée de rangement plus pratique pour moi. Rémi commence les « confusions » et l'aventure comme je l'aime à bien l'air de vouloir commencer. Dans un livre, il pointe le « ai » dans « mais » et dit Leia ? ( Là j'avoue que je n'ai pas su quoi dire car dans le prénom de sa sœur c'est le « e » et le « i » qui donne le son et le « a » se prononce en seul...) j'ai simplement souri en lui disant qu'il avait raison que c'est presque comme Leia et que c'était le mot « mais »qu'il était écrit dans le livre, j'aurais sans doute dû lui montrer Leia pour « vérifier » mais nous étions dans sa chambre, loin de la boite...

Dimanche, Rémi a reçu son premier verbe, un mot d'action qui s'est imposé naturellement lors du petit déjeuner. « Rémi « signe » qu'il mange devant Vincent et moi. Je lui propose de lui faire le mot: ravi il le regarde se former sur le papier. Je tends l'étiquette à Rémi qui me dit avec un grand sourire: MAMAN!!! ( Avant de sortir les lauriers j'avoue mettre penchée discrètement vers l'oreille du papa pour qu'il confirme ma pensée ) « BRAVO!!! Rémi tu as vu « man » comme dans maman! Mais là c'est mange... Attends je vais te chercher « maman » pour que tu puisses voir ça... Voilà... Tu vois là c'est maman et là c'est mange. Monsieur B invite Rémi à lire sa première « phrase- verbe »... Maman mange. Quelle joie! Je sens la confiance s'installer. Passerelle entre Rémi et moi, c'est jour après jour que l'apprentissage de la lecteur comble un peu plus l'absence de la parole. Il doit y trouver son compte, deviner sans doute qu'il y a là un moyen de communication intéressant. Il s'amuse, il manipule les mots, montre qu'il sait. Je frémis littéralement de bonheur à chaque fois qu'il se tourne de ce côté. Plus qu'un jeu, une tendre complicité que je retrouve: Souvenir de Leia et Julie que j'ai accompagnées elles aussi sur ce chemin là. Ensemble nous avions tellement aimé, je suis vraiment heureuse de retrouver la même connivence exactement, avec Rémi. J'ai pu voir père et fils s'amuser avec les mots sur le frigo, fabriquer une phrase: « maman mange Rémi et puis... Rémi mange maman »... Voir aussi mon petit garçon me regarder un peu gêné, entre l'envie de me manger et l'envie de me dire que c'est pour « de faux », qu'il ne faut pas m'inquiéter . Une complicité grandissante qui ne demande qu'à être bien nourrie pour bien pousser. Un jolie habitude s'installe. Celle de la petite liste écrite sur un coin de la table lorsque Rémi entend que nous partons en courses. Il court chercher un morceau de papier et vient me « dire » qu'il veut sa liste à lui. Je lui propose les « choses » à acheter et lui atteste avec un grand sourire... J'écris.

Il est prêt, il me faut juste trouver le bon moment pour lui proposer de découper les mots: papa, maman, Rémi et mange. Je pense que les petits mots de liaison comme: un-du-le-avec-au... seront bientôt indiqués. Je crois que je prendrai de plus petites étiquettes pour ceux là...

Madame B.

dimanche 16 novembre 2008

L'avant..Noël

Depuis plusieurs semaines déjà, Madame B observe, écoute le moindre petit signe, la moindre petite chose qui lui indiquera que: Voilà, c'est ça...
Hisser le drapeau de la victoire lorsqu'elle aura gagné son pari. Sans rien demander, savoir attendre. C'est toute la difficulté de ce pari qui lui semblera très stupide lorsque les jours se rapprocheront de la date et que rien n'aura encore été trouvé ou lors d'une discussion avec l'une de ses grandes filles qui glissera le doute: « Maman, on n'est plus des bébés et j'ai une liste toute prête qui t'attend »...
Pourtant Madame B tiendra bon, elle fera comme elle le sent ici, dans sa grande maison. Un Noël avec de jolies décorations, des lumières et des couleurs de fête et le secret, bien caché, jusqu'à la dernière seconde. Regarder le visage de ses enfants découvrir, s'inquiéter... Un peu, des surprises à déballer. Voir le sourire, le merveilleux sourire qui ne pouvait exister sans avoir parié, quelques mois auparavant.
Garder son âme d'enfant, pas de souci du côté de Leia: « Papa il veut une liste, mais après moi je vais savoir ce que j'aurai, c'est nul... Tu savais que les Pet-Shop, j'adore ça ? ... ...»

Madame B s'est posée beaucoup de questions sur les cadeaux de son fils, il a grandi et c'est une bonne chose de renouveler un peu les jouets. Un nouveau look pour la salle de jeux, celui de petit bonhomme imitateur-bricoleur-cuisinier et créateur... Madame B pose son regard sur le souvenir du tout premier Noël de Rémi. Beaucoup de torture dans l'esprit des parents et dans le corps de leur enfant. Très entourés par la famille, tout particulièrement "bonne maman". Madame B se souvient de ce premier Noël dans sa belle famille, le lit du fils pour le petit fils, ressorti , tout en bleu, son bébé posé là... Un doux cadeau qu'elle aura reçu ce jour là, sans attendre, sans deviner... Plus qu'un cadeau,une place au fond de son cœur, dans leur famille, une attention particulière nourrissant les bulles de bonheur, les bulles de secours .

Comment lui parler de Noël cette année ?
Il le rencontrera sans doute lors d'une promenade ou bien dans la grande surface des courses, le grand monsieur, même plus gros, vêtu de rouge et de blanc, celui au visage couvert d'un gros nuage. Et puis, si tout se passe comme Madame B l'entend en ce moment par ici, c'est Monsieur B qui accompagnera ce monsieur avec le chariot et son ami Sirano. Alors c'est sûr, Rémi le verra...Trop petit encore pour profiter de cette gloire, Rémi sera montré du doigt dans le village: « C'est son papa qui a emmené le père Noël! ».
Les lumières illuminent tous les foyers et dans chaque être il y a une étincelle qui brille et des bonnes résolutions de fin d'année pour une vie belle et douce...

Elle a vu ses quatre filles déçues. Elle aussi se souvient très bien de ce moment là, une grande claque dans l'âme d'enfant qui croit que... Pensée magique existe...n'existe pas...n'existe plus...
Une magie qu'elle apprécie malgré tout. Se laisser bercer par cette illusion, essayer de garder la flamme aussi vive que lorsqu'elle y croyait mais pourquoi pas simplement la vie comme elle coule aujourd'hui juste décorée de guirlandes et de lumières. Offrir à ses enfants ce jour là des petits présents, la chaleur de leur maman, partager un repas, des idées en attendant de se coucher puis le matin... « Maman, pourquoi tu nous fais attendre ? Allez c'est le soir les cadeaux! »

Monsieur et Madame B sont d'accord. Il va falloir « revoir » l'histoire peut-être un peu abîmée de ce monsieur en rouge et blanc, l'offrir à leur fils qui habite ici dans la société qu'il ne faut pas oublier. Échapper à la consommation et puis surtout protéger son âme de petit, tout petit garçon.

vendredi 14 novembre 2008

Cher journal,

Rémi est à mes côtés dans mon bureau. Il a repéré un petit carnet et comme je veux «la paix» à cet instant, devant ses yeux qui me supplient de lui prêter un stylo de « grand », je ne résiste pas. Le voilà qui gribouille un peu... Beaucoup puis j'entends: « Maman, maman, maman ? »... Il m'appelle, avec le doigt posé sur la feuille, il me dit: «  mo... é-a (Leia) » «  mo... é-a (Leia) » «  mo... é-a (Leia) » J'ai bien dû laisser mon fils patienter une dizaine de secondes avant de comprendre, que le petit son juste avant Leia était « mot » Il était en train de m'appeler pour lui écrire Leia!!! et il prononçait pour la première fois le mot........ mot. L'émotion passée, je lui propose par la suite d'écrire Rémi. Il me demande papa et nous finissons par écrire aussi maman, comme ça « tout le monde est content ».

Dimanche, Rémi est venu me voir avec « Leia » à la main. Il était très embêté car avec ses petits doigts plein de clémentine, l'encre du mot avait coulé. J'ai donc proposé au petit chenapan de le refaire. Pendant que j'écrivais Rémi m'a aidé en prononçant les syllabes: éééé-A!

Cette semaine, j'ai installé à nouveau le chevalet dans la cuisine, avec les grandes feuilles pour dessiner dessus à volonté. Cette activité est appréciée par tout ceux qui passent par là et le nom des oeuvres est écrit en dessous très souvent.. Rémi réclame, il essaie d'écrire en épelant toujours le nom de sa soeur. « ééé-A » Il essaie de faire les lettres, parfois ça ressemble à quelque chose pour lui car il court me voir très très fier pour que je vienne constater, que je vienne admirer. Je le félicite mais encore une fois, je regrette le manque de langage pour avancer.

Le mot nouveau de la semaine est: raisin. Rémi en raffole. Les autres comme: Chocolat, glace, clémentine, Leia, école et capuche ont été ressortis de la boite à mots ou bien laissés sur le frigo de la semaine dernière car toujours d'actualité...

Je crois que la semaine prochaine je proposerai à Rémi de couper les mots qu'il connait bien, avec un ciseau "pour voir" ce qu'il entend lorsqu'il joue verbalement à le faire...

A suivre...

Madame B.

mercredi 12 novembre 2008

C'était hier

Aujourd'hui il a quarante... Quarante années plus encore quelques unes... Il leur a fallu trop d'années à ces deux là pour se rencontrer mais tant pis on ne compte pas. Comme ces années depuis qu'il est né, elle préfère compter celles du cœur, compter en tranches d'âge et ça tombe bien, il est dans la bonne. Dire que ça fait deux ans qu'il est le papa de son fils et qu'il a carrément de la chance d'être né un onze novembre car il est toujours en congé ce jour là, un jour de repos rien que pour lui. Elle prépare une soirée. Elle a une petite idée de ce qui pourrait lui faire plaisir. Lui n'aime pas dépenser parce le calendrier l'a décidé. « L'envie de se faire plaisir c'est toute l'année » Madame B l'entend bien, elle est d'accord avec lui mais quand même... Quoiqu'il en dise, c'est son anniversaire et quelques petites attentions particulières ce jour là, elle est certaine que cela lui fera plaisir. Depuis hier, elle se presse dans la cuisine, en secret elle confectionne des petites douceurs, celles qu'il aime bien. Elle range la maison, organise le repas. Madame B a envie de se faire belle aussi, même si son amoureux lui répète dix fois par jour qu'elle est très jolie, qu'il adore ses yeux et son sourire. Aujourd'hui, les souvenirs sont remontés. Elle se souvient de son ami, celui qu'il était avant de se marier, celui qui est resté depuis ces quatre années. Ce qu'elle aime surtout chez lui c'est le soleil qui brille à sa fenêtre et lorsque parfois Madame B se sent tout au bord de la falaise, Il vient doucement. Sans jamais l'empêcher de sauter, il dira que c'est un bon endroit pour décoller, que si elle veut bien lui tenir la main, il l'emmènera avec lui.

Rémi sait dire papa et il sait faire des bisous. Pas mal comme cadeau pour un petit garçon. Il manque juste une dernière chose... L'air amusé, Rémi a bien voulu prêter sa petite main pour en faire le contour. Juste écrire Rémi au dessus et en dessous papa. Il reconnaît bien ces mots là et cette idée lui plaît, même s'il a pas bien compris lorsqu'elle a dit que son papa allait avoir quarante trois ans et qu'il allait souffler autant de bougies que d'années passées, il est content de ce joli premier vrai cadeau fait pour son papa qui travaille à la maison, qui fait le monstre qui veut le croquer et qui lui raconte chaque soir une ou deux histoires parce que pour ce papa là il ne faut: « Jamais sortir de la chambre fâché et jamais sortir s'il n'est pas prêt à s'endormir tranquillement ». C'est toujours avec papa qu'il défie l'apesanteur et que les acrobaties ne font même pas peur. Même si c'est parfois un peu difficile de se tenir correctement à table quand on a deux ans ou bien qu'on a que le droit de regarder les outils de son papa, que certaines pièces de la maison son interdites aux enfants. Même quand ce papa lui prend sa maman et qu'il sent juste à ce moment là qu'il ne pourra jamais, jamais rivaliser, qu'il est vraiment « trop fort » ce papa là... Rémi l'adore.

dimanche 9 novembre 2008

Douce campagne

Ils en rêvaient sans doute depuis le tout début. Ils pouvaient imaginer les côtés « pas drôles » de cette vie là mais rien, absolument rien ne pouvait freiner cette envie de partir vivre leur vie à tous les deux, la même exactement. Il leur fallait une maison, assez grande pour accueillir les enfants de chacun. A eux deux, ils comptent neuf enfants... Lorsque Monsieur B lui demandait comment elle imaginait sa maison, ce qu'il lui fallait pour se sentir bien dedans, elle répondait toujours qu'elle la voulait grande, avec beaucoup de pièces pour que dans chacune d'elle, elle puisse respirer un air nouveau, un air différent, écouter ses humeurs et s'installer dans celle qu'il fallait pour se ressourcer, ou bien travailler, s'amuser ou se détendre. Chaque pièce aurait son âme et sa couleur. Sa cuisine elle la voulait avec un poêle pour se réchauffer mais surtout pour y faire à manger. Cuire le pain et les bons croissants du matin. Un endroit très grand pour pouvoir y passer une journée entière à cuisiner ou papoter, entourée de ceux qu'elle aurait envie. Ces plaisirs là, avec la venue de sa jeune pouliche dans le pré, Madame B peut dire qu'elle est comblée car elle les a tous. Alors quand elle part nourrir ses bêtes et qu'un tout petit bout d'homme la suit avec les mêmes envies, les mêmes bonheurs écrits dans les yeux et le sourire, alors là... Madame B sent ses ailes pousser, son dos se redresser et sa respiration devenir profonde, entière. Le chant des oiseaux vient chatouiller ses oreilles comme pour accentuer ce doux instant partagé. Les couleurs de l'automne vraiment bien installé terminent ce joli tableau, d'une mère et son fils, les bienheureux. Le bruit de la tronçonneuse de l'autre côté lui rappelle la présence de Monsieur B. Il termine l'écurie de son cheval. Sirano aura bientôt une « chambre » à lui tout seul pour affronter l'hiver qui approche à grand pas. Elle sourit car le travail s'achève et très bientôt, elle ira admirer l'œuvre. Elle partagera avec lui sa joie de la tâche accomplie et d'un morceau du but atteint. Leur place est là à tous les deux et malgré les secousses, les orages et le vide qu'on laissé les enfants qui restent avec « l'autre », ils restent plantés et comptent bien s'enraciner dans cette jolie région. Petit bonhomme-bûcheron-bricoleur-amoureux des chevaux et des coccinelles percera un jour le mystère des oiseaux qui volent au dessus de sa tête ou bien des engins qui sillonnent les prés à côté de chez lui. Madame B imagine très bien père et fils complices dans les bois à tronçonner et peut-être même accomplir le travail avec Sirano. Le débardage est un grand rêve aussi par ici...

Monsieur et Madame B espèrent de tout coeur que le tonus musculaire de Rémi sera assez costaud pour qu'il puisse connaître ce doux bonheur là. Assis sur le dos de Sirano, déjà Monsieur B sourit à son fils: « Rémi montera un jour, il a énormément progressé »... Sacoches sur le dos de leur monture partir découvrir les bois qui entourent leur maison pour tout une journée. Ou bien voyager, sortir encore plus loin, Sirano attelé, tirant la petite maison qu'ils auront choisit juste à sa taille qui partira de village en village, roulotte qui abritera pour une nuit, un moment de pluie ou encore qui entourera l'enfant le temps d'une sieste ou pendant le jeu... Ça, c'est certain Rémi le vivra, tonus ou pas, il pourra parcourir les routes en toute sérénité, il apprendra à guider le cheval le long des chemins et en contrôler la vitesse ou la tranquillité du pas.

vendredi 7 novembre 2008

Journal

Chaque vendredi, Madame B enlève les mots qui étaient accrochés sur la porte du frigo, toute la semaine. Ce matin, en les enlevant, elle a repensé au journal qu'elle avait commencé, un journal qui parlait de son aventure avec Rémi. Un peu agacée par son manque de persévérance, Madame B voudrait trouver une solution et réussir ce défi : noter comme souvenir tous ces moments uniques qu'elle vit avec son fils. Elle a trouvé cette idée : partager son aventure et laisser une trace lisible dans le monde entier. Aider de cette façon des parents qui commencent ou qui commenceront avec leur enfant différent l'apprentissage de la lecture, de la même manière que Madame B avec son fils...

Des nouvelles chaque vendredi, elle voudrait bien se tenir à son envie d'écrire ici tous les mots de la semaine avec ses commentaires sur le sujet. Les questions qu'elle se pose feront partie du billet ainsi que ses doutes, ses certitudes, ses inquiétudes et ses joies. Tout, absolument tout sur la vie de son petit apprenti lecteur retransmis ici, à l'intention de son journal.

Voilà ce que cela pourrait donner:

Cher journal,

Rémi a découvert le mot Marie. Le lendemain de l'arrivée de sa sœur, venue en vacances . J'ai proposé d'écrire son prénom. Il a reçu aussi le mot escargot. Un jour bien spécial pour Rémi car il découvrait la petite bête dans sa maison et très étonné, il était venu me montrer sa découverte: « Tiens, tiens... Et si j'écrivais le mot escargot Rémi, tu veux ? » Son sourire répond « OUI! » Il est toujours très enthousiaste lorsque je lui propose un mot à écrire.

J'ai des petites étiquettes toute prêtes posées à côté du gros feutre noir et c'est toujours devant lui que je forme le mot en prononçant chaque syllabe à haute voix, dès qu'elle apparaît. . Parfois Rémi montre sa joie devant une lettre ou une syllabe, ça me donne vraiment l'impression qu'il en connaît déjà le « dessin ». C'est dans ses instants là que je regrette le plus le manque de langage et que je trouve la tâche difficile par rapport à ses sœurs. Je pourrais sans doute avancer plus efficacement si je savais ce qu'il a vu...

J'ai ressorti le mot Justine parce qu'elle aussi est venue passer quelques jours parmi nous et j'ai laissé les nouveaux mots de la semaine précédente: capuche et clémentine parce qu'il avait encore beaucoup d'intérêt pour ces deux là.

Leia a repris le chemin de l'école et Rémi n'a pas arrêté de la réclamer de toute la matinée. J'ai donc pensé à lui écrire le mot: école. Rémi l'a pris et a voulu l'aimanter tout seul sur le frigo. Ensuite, il s'est passée une chose merveilleuse, une chose: GRANDE!

Rémi a demandé sa première « phrase ». Il a pointé l'index sur le frigo, juste à gauche du mot et il a dit: Leia ? Je suis partie à la vitesse de l'éclair chercher dans la boite « Leia » et j'ai posé l'étiquette là où Rémi voulait qu'elle soit. Je me suis reculée et j'ai demandé: Qu'est ce que j'ai écrit là ? Rémi m'a pris la main et m'a « tiré » vers le frigo, il a cherché mon index et l'a posé sur « Leia ». J'ai compris qu'il voulait que je lui fasse la lecture: « Leia-école »... Rémi a souri, satisfait de sa maman, elle avait bien lu. Je n'ai pas osé lui faire le  "est" et le "à" ... Peur qu'il soit trop petit...

Madame B.

jeudi 6 novembre 2008

L'avion

En habitant près d'une base aérienne, forcement on a le nez en l'air, de temps en temps, à l'écoute d'un bruit de propulsion dans le ciel. Lorsque derrière un nuage se découvre un énorme avion, bien visible car il amorce l'atterrissage et que l'on est un petit garçon de deux ans, c'est comme les tracteurs qui sillonnent les champs ou bien deux chevaux qui broutent sous ses fenêtres, ça anime une passion et on ne pense qu'à ça. En ce moment, Rémi fait tout voler, (même sa petite cuillère lorsqu'il est fâché) et ce midi, pendant que Madame B préparait le repas, il est arrivé gaiement avec trois planchettes dans la main, bien décidé à en faire quelque chose. Il a d'abord demandé à sa maman de bien vouloir l'installer à table et il s'est appliqué à la tâche, joyeux et silencieux.

Une petite voix, toujours celle qui chante le son qui veut que l'on se tourne, qu'il y a forcement une chose incroyable qui vient de se produire ici, juste là. C'est obligé, tout le monde aux alentours doit regarder sous peine de voir l'artiste très fâché. Alors Madame B s'est retournée et sous l'oeil plus que satisfait de son fils, elle admire la fabrication: Un avion! Rémi vient de construire un avion qu'il anime devant Madame B « mmmmmmm » il avance, il tourne, bien tenu entre les petits doigts, il recommence, s'arrête, lève la tête et attend les réactions. « Bravo Rémi! » « C'est un avion que tu as fait là? » « il est magnifique ! »

Madame B propose à Rémi d'en faire une photo mais l'artiste avait déjà tout démonté... « Dommage, je voulais faire une photo souvenir de ton avion mais tu as tout défait!»

Avec un grand sourire, celui qui a tout compris, le voilà qui reconstruit l'œuvre ... Sous le flash de l'appareil photos, bien sûr! Rémi est très content de voir le résultat sur l'écran de l'ordinateur, Madame B ne doute pas, son petit homme a bien compris ce que représentait « faire une photo » ...

mardi 4 novembre 2008

Liberté

Un peu difficile à faire entendre les raisons de ne plus vouloir y aller aussi souvent, ce besoin de grande récré entre deux RDV au centre. Madame B a senti le désaccord du directeur, il lui a parlé de menu: « Ici on ne sert qu'une formule, pas de menu à la carte». Elle lui a expliqué que chez eux il n'existait qu'une carte sans formule, en lui rappelant le nom des nombreuses personnes que Rémi voyait en libéral pas de kiné, pas d'orthophoniste et depuis peu, plus de psychomotricien... Elle s'est fâchée et au « chantage » « Ici on prend tout, on sinon en ne prend rien » elle lui a crié qu'elle ne voulait rien et elle lui a exprimé clairement sa vision sur le sujet. En fermant la porte du bureau, dans le couloir, Madame B était fière d'elle et en prenant son petit garçon par la main, encore plus déterminée, elle a emmené Rémi dans la salle d'attente parce qu'il y avait encore une personne à voir pour lui expliquer...

La psychologue les accueille à son tour, c'est avec un petit sourire qu'elle reçoit la nouvelle malgré son désaccord « J'entends votre demande et je la respecte mais je ne suis pas d'accord ». Elle verra Rémi quatre fois par an et à son grand étonnement, elle confie que Madame B a de la « chance » car habituellement ce ne sont pas les parents qui décident, que l'arrangement trouvé ne se fait pas par ici.

Dans la voiture, sur la route du retour, Madame B a beaucoup de difficultés à contenir sa colère. C'est en regardant son fils chéri qu'elle a retrouvé sa joie. Elle ne comprend pas ces gens mais elle est arrivée à s'imposer et surtout elle aura tenu bon.

Dans le rétro de la voiture, elle observe Rémi. Un soupir trahit le soulagement et l'instant d'une nouvelle page qui s'ouvre, celle de la liberté...

Au moment du bain, les deux parents se sont retrouvés, les yeux d'un papa fier de son fils et le sourire d'une maman qui venait de choisir une destination, brillaient dans la pièce. Leur fils, très occupé profitait de l'eau comme n'importe quel petit bonhomme de son âge.

Madame B a embrassé les deux joues en lui souhaitant de passer une bonne nuit et pendant ce bisou, elle a senti tout son corps lui dire qu'elle a très bien fait, senti sa raison lui dire de faire confiance. Elle a fermé la porte de la chambre. Derrière cette porte, il y avait Monsieur B qui finissait de raconter l'histoire du soir et son fils. Devant la porte il y avait aussi le silence d'une grande maison, les trois adolescentes de Madame B sont reparties dans leur maison. Avec le cœur rempli d'émotion, elle descend au rez de chaussée retrouver sa cuisine et le désordre qui y règne. Ce soir elle laissera les casseroles dans l'évier, envie de se poser, avec une tasse de thé, sentir encore et encore ce doux frisson d'être simplement une maman, ré-apprivoiser doucement la maison, et la vie à quatre...

samedi 1 novembre 2008

Normalité

Elle cherche en lui le pansement de ses blessures. Différence affichée, différence cachée... L'une pour lui l'autre pour elle... Différence donnée par des fées qui ont oublié de se présenter. Donner le don et s'envoler. Par la fenêtre de sa vie, la petite fille regarde le monde jouer... Vivre en harmonie avec la société. Descendre les escaliers pour les retrouver, tendre la main et devenir comme eux. Tomber dans le vide ou tenir en équilibre juste au bord, ne plus dormir, chercher la clef qui mènera là où finalement se reconnaître n'est plus « vivant » ou la normalité te flanque une bonne «dérouillée» lorsqu'une envie de t'envoler te dit que tu es sûrement venue d'ailleurs alors que tu rêves de leur ressembler pour respirer leur air qui sent bon la liberté. Une vie entièrement consacrée à la normalité, s'essayer l'autre côté et casser le cadeau empoisonné des bonnes fées. Surtout aucune trace de brillance, vie terne sans éclat pour disparaître dans la masse, ne pas se faire remarquer juste survivre, mise en pause.

Trente quatre années à errer et rencontrer la porte de sa liberté mais où sont passées les fées? Pas de mode d'emploi, pas d'accès sans clef... Finalement rester dehors et continuer à chercher mais cette fois juste une clef pour enfin entrer et découvrir sur le pas de la porte un homme aux regards, aux sourires si familiers... Un monde sans différence et totalement... Différent.

Différence qu'elle aura combattue la moitié de sa vie, elle la retrouve sous une autre forme et dans un autre corps. Celui de son fils. Petit-bonhomme-sourire suit le chemin de sa vie. Les fées lui auront offert la force et donné les clefs, juste un peu oublié la tonicité, celle pour marcher droit mais qu'importe. Il brille.

Madame B jette l'éponge, plus de combat, plus d'armure. La voilà qui se retrouve nue. Se dévoiler, doucement sans être froissée par les mots échappés de personnes étonnées par le changement opéré. Ne plus reculer devant l'écho des négatifs «Tu ne sais pas, tu ne peux pas» et ne plus avoir honte de ne pas savoir et de ne pas pouvoir... S'accepter sans regretter, faire beau ce qu'on lui a donné. Savoir choisir, ne pas maudire. Rire comme ses amis, partager ses pensées sans être jugée, juste respecter l'être tout entier.

Madame B est occupée avec la petite fille étouffée, abîmée et fâchée. Régler ses conflits pour ne pas refléter l'amertume de sa propre différence, donner à ceux qu'elle aime le meilleur du reste de sa vie. Écrire ses mots du fond du cœur à elle aussi... ici où bien ailleurs... Peut-être.