Le rituel de la semaine est d'accrocher, à l'aide d'un petit aimant, les mots sur le réfrigérateur. C'est Madame B qui les écrit avec un gros marqueur sur des étiquettes. Des étiquettes qu'elle prépare pour en avoir toujours assez, jamais en manquer car maintenant, le petit apprenti lecteur les demande alors il faut que tout soit prêt pour ne pas l'ennuyer à attendre... Attendre... Attendre et finir par le voir tourner les talons parce que c'est trop long. Produit en direct, devant le petit homme c'est toujours mieux. Françoise Boulanger appelle ça: Un apprentissage implicite.

« On ne dit rien, on laisse regarder, observer et déduire... Que l'écriture c'est de gauche à droite et c'est tout. »

C'est tout à fait ce que Rémi aura compris, lorsqu'il joue à lire quelques phrases c'est de gauche à droite qu'il promène son index pointé et ce jeu là, Madame B adore et ne se lasse pas de l'admirer. Quel chouette apprenti lecteur elle a !

Quand Rémi veut un nouveau mot, il « signe » avec son doigt en « griffonnant » dans la paume de l'autre main. Madame B comprend et aussitôt elle prend le matériel pour écrire ce qu'il a demandé . Ce matin, lorsque Madame B a pensé (à haute voix): Il ne faut pas que j'oublie ma liste de courses, Rémi a entendu et d'un air très décidé, il montre que lui aussi il en veut une! Alors là, le soleil aurait pu manquer ce jour, le sourire de Madame B l'aurait remplacé sans l'ombre d'un doute. Hissé sur la pointe des pieds pour attraper stylo et papier, voilà Rémi qui se pointe, les mains tendues, devant sa maman et le petit sourire avec le son habituel qui dit: « Je veux un truc là, écoute moi. » Madame B a dû rester scotchée sur place deux ou trois secondes avant de demander:

« Tu veux une liste de courses toi aussi Rémi ? »

« D'accord, alors voilà... J'écris ton prénom car c'est la tienne... Ici j'écris Rémi. »

« Que veux tu que j'achète ? »

« Ah oui! Des pop-corn peut être ? Il n'y en a plus dans le placard, maman avait dit qu'il fallait en racheter. »

« Et puis, quoi d'autre ? »

Rémi était hilare, il ne perdait pas une miette de ce que racontait Madame B. Il tenait un coin du petit papier pour être certain de le reprendre en main dès que tout sera écrit. Lorsqu'il voyait se former les mots qu'il connaît déjà puisque ce sont ceux exposés sur le frigo, Rémi se mettait à gigoter joyeusement pour montrer son accord.

« Peut être du chocolat aussi car tu aimes beaucoup ça le chocolat Rémi hein ? »

« Et pour le goûter ? Des gâteaux tiens... Allez j'écris gâteau... voilà qui est fait. »

Sur sa tête était affiché: Rémi est très fier. Rémi le grand garçon qui va en courses.

Les jouets sont déjà arrivés dans les grandes surfaces. Le regard de Madame B est attiré dans un rayon, elle pousse le caddy à cet endroit et y découvre de jolis harmonicas. Des roses, des bleus et des verts. Elle hésite un peu, c'est Monsieur B le musicien de la maison et habituellement c'est lui qui s'occupe de ce genre d'achat mais il n'est pas là et Madame B en a trop envie. Bien entendu, comme toutes les mamans d'enfants différents, elle ne voit pas que le jouet: « hum, hum... C'est extra ça pour faire souffler Rémi! » C'est comme ça que le petit instrument de musique se retrouva sur le tapis roulant à la caisse. Monsieur B l'aura étudié à la maison et donnera son approbation: « C'est un très bon harmonica »

Madame B prépare le déjeuner en musique et regarde père et fils en toute complicité. Difficile à sortir un son quand on souffle avec le nez. Monsieur B qui est d'une patience exemplaire sur le sujet, explique, montre et re-montre comment faire sortir les sons de l'harmonica. Le soir venu, à la maison on pouvait entendre deux parents supplier leur petit prodige de faire un tout petit peu moins de bruit.

Voilà, le premier mot de la semaine sera bien entendu: harmonica.