Le livre est posé sur le bureau. Sur sa couverture: Le bonheur d'apprendre à lire. Cette semaine c'est la sortie de sa troisième édition et un nouveau titre: « Lire à 3 ans c'est tout naturel » Alors forcément les souvenirs remontent. Sa grande découverte sur le sujet, sa toute première aventure de maman qui comprenait à quel point le langage oral était aussi naturel à apprendre en famille que celui qui s'écrivait dans les livres. Que lire pouvait être source de plaisir, que son apprentissage pouvait être un jeu et non une méthode purement scolaire apprise à six ans et qui devait être acquise très vite alors que commencer à la maison à l'âge des couches culottes, ça laisse le temps de voir venir. Elle se souvient encore de sentiments partagés lorsqu'elle se rendait au rendez vous de début d'année, celui où l'instituteur aimait expliquer aux parents le programme de la nouvelle année. L'envie de rire devant tous les visages tendus, crispés et même carrément apeurés lorsque venait le moment d'aborder l'apprentissage de la lecture et la peine qu'elle ressentait devant ce tableau tout gris. Expliquer à toutes ces mamans qu'elles auraient pu, qu'elles auraient dû, que c'est vraiment important pour les enfants de sentir la confiance planer dans la salle et surtout ne plus entendre: « Mais il n'y arrivera jamais! »-  « Et si au printemps il ne sait toujours pas lire ? » Pas de bataille de déchiffrage le soir après l'école pour les parents et les enfants devant le petit livre: la phrase qu'il faut apprendre par coeur pour demain, celle qui rappelle qu'apprendre à lire c'est difficile, celle qui en dégoûte plus d'un pour toute une vie des livres et de leur contenu.

Madame B a vu deux de ses filles découvrir par elle même que B et A ça se lisait BA. Personne absolument personne leur a parlé du sujet mais elle l'ont découvert par déduction, avec leurs propres « outils » . Leia avait découvert que si on pouvait grimper sur une chaise alors ou pouvait aussi dé-grimper. Seuls les enfants sont capable d'une telle logique. En lecture c'est pareil, les enfants sont capables d'une même intelligence. Surtout à partir de deux ans, bien souvent c'est à cet âge qu'ils démarrent vraiment le langage. C'est dans ce livre là que Madame B l'a compris et en direct, avec ses filles. Aujourd'hui c'est au tour de Rémi, le petit panier à mots est déjà bien rempli et Madame B se régale encore de retrouver en face d'elle un tout petit bout qui croque le mot poire ou bien qui fait voler le mot avion ou encore qui imite le bruit de la tronçonneuse lorsque Madame B lui écrit sur le tableau et qu'elle retrouve le mot céréales dans le bol du petit gourmand.

Sur le frigo, les mots de la semaine, ceux qui ont pu avoir de l'intérêt pour le petit apprenti. Rémi aura ainsi découvert le mot bonbon en même temps que la petite gourmandise. Avion est le plus vieux compagnon et lorsque Madame B voit Rémi pointer le « i » sur un tout nouveau mot pour ensuite se montrer du doigt très glorieux d'avoir reconnu cette lettre qui caractérise son prénom à lui. Elle ne montre pas « l'erreur » mais elle félicite la découverte. Elle peut lui expliquer qu'il y a un « i » dans Rémi et qu'elle est très fière de lui parce qu'il l'a remarqué tout seul et juste pour finir, côte à côte ils comparent les deux mots, côte à côte elle sent la chaleur d'une tendre complicité, une force qui pousse, qui donne envie de vivre l'aventure et rien que pour ça, Madame B peut continuer: Elle a gagné!