Remilou

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jeudi 30 octobre 2008

Elles arrivent

Ce matin, c'est le mot Marie que Madame B a proposé à Rémi, il fera partie des nouveaux mots de la semaine affichés sur le frigo. Il faut dire que depuis quelques jours ce nom revient souvent aux oreilles du petit frère. « Elle arrive ce soir, juste après le bain » lui dit régulièrement Madame B, depuis qu'il est réveillé. La petite étincelle qui brille dans ses yeux, accompagnée d'un grand sourire indiquent qu'il a bien compris que très bientôt, il retrouvera une de ses sœurs dans sa maison. Depuis les vacances d'été ils ne s'étaient pas revus, il faudra se ré-apprivoiser et pour Marie re-découvrir un petit frère qui a beaucoup grandi. Rémi aide Madame B à préparer l'arrivée de la demoiselle et de ses autres sœurs: Deux demain et deux dimanche. Doucement, au fil des jours, la grande maison va se remplir d'enfants et d'adolescentes. La météo ne prévoit pas de chouette journée, il faudra que ce petit monde s'occupe à l'intérieur.

Avant de partir en vacances chez son papa, Leia a organisé sa chambre pour jouer avec sa copine Marie, alors ces deux là, Madame B ne les verra pas souvent, juste au moment des sorties (Peut être une balade en chariot avec Sirano) et bien sûr pour partager les repas. Julie la fille aînée de Madame B vient passer que trois petits jours et elle sera souvent enfermée, au calme dans le bureau de Madame B: « Maman j'ai 10 000 tonnes de devoirs à faire pour les vacances! » Il reste Justine et Lucie... Ah! Sans doute les préférées du petit homme, il les adore! Alors c'est sûr que Madame B devra partager l'arrivée de ses filles avec lui mais déjà elle sait qu'elle aura Justine à ses côtés pour la fabrication des macarons, son pêché mignon et puis avec son œil de photographe et son nouvel appareil « Maman, ça y est j'ai mon reflex! », mère et fille pourront partager cette amour pour la photo. Lucie arrive Vendredi avec Leia alors comme elle sera la plus grande, c'est elle qui prendra le contrôle de la fête d'halloween qui est très attendue. « Maman, je n'ai plus de maquillage, tu voudras bien en acheter ? » « Maman, n'oublie pas qu'il faut acheter plein de bonbons » « C'est quand qu'on prépare la citrouille ? » « On pourra déguiser Rémi ? »

Madame B a envie de s'échapper un peu avec Monsieur B, profiter de l'occasion d'avoir des volontaires de toute confiance à la maison pour garder le fiston. Si le temps le permet, elle rêve d'une petite virée en moto, rien que tous les deux, en amoureux. Et elle avoue même qu'elle est très tentée de laisser Rémi avec ses sœurs et partir au restaurant; Un repas en tête à tête, juste elle et lui... Encore un peu difficile à imaginer mais déjà y penser est très doux. Madame B sent le désir de vacances se pointer. Partir en Vendée chez bon papa et bonne maman juste tous les trois, laisser Rémi découvrir vraiment ses grands parents, ensemble se fabriquer des souvenirs qu'un petit bonhomme de deux ans et demi peut graver dans sa mémoire pour toute la vie car maintenant, c'est certain, il se souvient. Madame B l'a senti ces jours ci, tout particulièrement le week end dernier, lorsque Philippe est arrivé dans leur maison pour y passer la journée. Rémi l'a très bien reconnu, aucun doute là dessus. Ces vacances de la Toussaint, Rémi, le "petit trait d'union" d'une famille recomposée fera pleins de petites bulles remplies d'amour et de complicité avec chacune de ses sœurs, écrite à l'encre indélébile.

vendredi 24 octobre 2008

Prendre l'air

Elle se souvient être rentrée dans la chambre pour se rassurer « Tout va bien ». Le réveiller ou le laisser dormir. Encore combien de temps et puis constater l'heure tardive et se dire qu'il ne pourra plus y avoir de sieste, en conclure qu'il vaut mieux le laisser couché le plus tard possible et y trouver un avantage « Il dormira plus tôt ce soir » Madame B se réjouit d'une soirée plus longue avec Monsieur B à ses côtés. Elle voulait réorganiser la salle de jeux, elle le fait avec son bébé, il aime être accompagné dans cette pièce, il « aide » sa maman à ranger et retrouve des jouets oubliés. Il y a aussi la cuisine à nettoyer, elle est juste à côté, elle sait qu'elle devra partager quelques moments avec son petit mais ça devrait aller...Elle va y arriver...

Dehors, la pluie ne cesse de tomber. La météo l'avait annoncé. Se promener ne sera donc pas possible mais il faut sortir Capi. Ravi, Rémi enfile ses bottes de pluie ainsi que son blouson avec la capuche. C'est complètement trempés qu'ils reviendront deux fois dans la journée mais avec un immense sourire et les joues toutes roses qu'ils stationneront sur le tapis de l'entrée pour enlever tout ce qui est mouillé.

C'est vers 18h que Madame B a commencé à regretter cette journée sans sieste et presque de minute en minute l'humeur du petit comme celle de l'adulte a dégringolé. A 19h ,Madame B déclare tout haut qu'elle n'en peut plus et dans les bras de Monsieur B, elle laisse les larmes couler. Épuisée, énervée, débordée, elle hisse le drapeau blanc. Impuissante face à cette lassitude qu'elle refusait d'écouter parce que la vie continue, parce qu'elle pense que sans elle, le monde ne tourne plus. Laisser ce corps douloureux par une fatigue accumulée se reposer. Madame B se vantait d'avancer plus sereinement, elle se surprenait dans ses gestes et ses pensées au quotidien. Une complicité presque ordinaire prenait doucement place entre mère et fils. Puis brusquement, il faut tout poser, regarder de l'autre côté, se rappeler que son enfant a quelques difficultés quand sonne l'heure des rendez-vous chez les différents spécialistes. « Étudier » ce petit garçon et finalement les entendre tous dire « Il va bien! » et même « Il est gentil dites donc! » Comme si différent rimait forcement avec méchant.

Madame B parle de « lâcher prise » mais c'est évident qu'elle en est encore très loin. Lorsqu'elle paraît le faire, ce n'est finalement qu'un masque, un déguisement pour une mise en scène de mère parfaite mais au fond, elle reste enfermée dans ce qu'elle ne veut surtout pas, prisonnière de ses maux de petite fille mal cicatrisés mal refermés. Ceux que ses enfants finiront par porter eux aussi, Héritage familial. Quoique qu'elle fasse aujourd'hui, que ce soit blanc ou bien noir, le passé la rattrape toujours pour la museler, l'attacher, l'enfermer dans ce cadre, dans ce profil, cette peau qui n'est pas le sienne.

Madame B est fatiguée mais contente d'avoir réussi à remettre les RDV avec le kiné jusqu'à la nouvelle année, plus de « Il y a le kiné qui vient Rémi, il faudra être bien sage, c'est pour ton bien » et puis il y a aussi la psychomotricienne qui est en maladie (elle fait un bébé). C'est le directeur du CAMSP qui l'a annoncé au téléphone un peu désolé, alors sur l'agenda du « petit-ministre » on peut presque y écrire « en vacances pour plusieurs semaines ». Ne garder que l'orthophoniste mais ça, Madame B aime bien y aller c'est une petite récré. Assise en face de la psychologue, au prochain RDV il faut qu'elle lui dise à elle aussi: « Je souhaite faire une pose »

Madame B a envie d'essayer les bébés nageurs avec son fils, poursuivre l'apprentissage de la lecture et puis surtout continuer à le regarder comme hier soir et entendre résonner cette pensée: « Mon petit garçon est normal et très beau, craquant et il sent super bon » Si c'est ça « lâcher-prise », alors il faut hisser le drapeau de la victoire au côté du blanc car c'est sa pensée après deux heures passées pour elle toute seule. Le moment est magique, il faut faire en sorte que ces tout petits instants deviennent des jours entiers... Toute une vie, parce que comme ça oui! La vie vaut le coup d'être vécue. Comme ce soir, sur la jument qu'elle a montée. Madame B a repris les cours d'équitation, arrêtés pendant plus de 20 années pour cause d'accident et finir par raconter que ce sport n'est pas fait pour elle. Elle a senti les larmes monter mais pas n'importe lesquelles, les larmes de la victoire, une bouffée d'air pur. C'est juste l'espace d'un tout, tout petit moment, le temps que le cheval trébuche et de s'apercevoir que non seulement personne ne tombe mais sentir cette fusion, ce doux sentiment de confiance et d'amour monter, inonder le regard jusqu'à en troubler la vue. L'envie de crier à tous ceux qui sont là sa victoire! Mais finalement ne rien raconter pour en garder son entière ardeur. Lâcher prise et découvrir la petite fille que ses parents ont nommé Catherine et que ses enfants appellent maman... Ou bien découvrir la petite fille pour être la maman de ses enfants et réussir à lâcher prise...

Monsieur B lui conseille de faire « comme ça vient »... Difficile de fonctionner de cette façon parce que l'expérience de toute sa vie lui a appris le contraire. Lui, l'a épousée parce qu'il sait déjà et d'ailleurs, elle aime le lire dans ses yeux lorsque les doutes refont surface, recentrer la petite bulle pour ne pas repartir de travers, trouver la confiance pour continuer... Sortir et prendre l'air, l'air de rien le laisser découvrir d'autres « mains ». Faire le vide, décompresser et même oublier, ne penser qu'à elle pour rentrer encore et encore et à chaque fois regarder son fils avec le même regard que celui d'hier soir.

mardi 21 octobre 2008

Les mots de la semaine

Le rituel de la semaine est d'accrocher, à l'aide d'un petit aimant, les mots sur le réfrigérateur. C'est Madame B qui les écrit avec un gros marqueur sur des étiquettes. Des étiquettes qu'elle prépare pour en avoir toujours assez, jamais en manquer car maintenant, le petit apprenti lecteur les demande alors il faut que tout soit prêt pour ne pas l'ennuyer à attendre... Attendre... Attendre et finir par le voir tourner les talons parce que c'est trop long. Produit en direct, devant le petit homme c'est toujours mieux. Françoise Boulanger appelle ça: Un apprentissage implicite.

« On ne dit rien, on laisse regarder, observer et déduire... Que l'écriture c'est de gauche à droite et c'est tout. »

C'est tout à fait ce que Rémi aura compris, lorsqu'il joue à lire quelques phrases c'est de gauche à droite qu'il promène son index pointé et ce jeu là, Madame B adore et ne se lasse pas de l'admirer. Quel chouette apprenti lecteur elle a !

Quand Rémi veut un nouveau mot, il « signe » avec son doigt en « griffonnant » dans la paume de l'autre main. Madame B comprend et aussitôt elle prend le matériel pour écrire ce qu'il a demandé . Ce matin, lorsque Madame B a pensé (à haute voix): Il ne faut pas que j'oublie ma liste de courses, Rémi a entendu et d'un air très décidé, il montre que lui aussi il en veut une! Alors là, le soleil aurait pu manquer ce jour, le sourire de Madame B l'aurait remplacé sans l'ombre d'un doute. Hissé sur la pointe des pieds pour attraper stylo et papier, voilà Rémi qui se pointe, les mains tendues, devant sa maman et le petit sourire avec le son habituel qui dit: « Je veux un truc là, écoute moi. » Madame B a dû rester scotchée sur place deux ou trois secondes avant de demander:

« Tu veux une liste de courses toi aussi Rémi ? »

« D'accord, alors voilà... J'écris ton prénom car c'est la tienne... Ici j'écris Rémi. »

« Que veux tu que j'achète ? »

« Ah oui! Des pop-corn peut être ? Il n'y en a plus dans le placard, maman avait dit qu'il fallait en racheter. »

« Et puis, quoi d'autre ? »

Rémi était hilare, il ne perdait pas une miette de ce que racontait Madame B. Il tenait un coin du petit papier pour être certain de le reprendre en main dès que tout sera écrit. Lorsqu'il voyait se former les mots qu'il connaît déjà puisque ce sont ceux exposés sur le frigo, Rémi se mettait à gigoter joyeusement pour montrer son accord.

« Peut être du chocolat aussi car tu aimes beaucoup ça le chocolat Rémi hein ? »

« Et pour le goûter ? Des gâteaux tiens... Allez j'écris gâteau... voilà qui est fait. »

Sur sa tête était affiché: Rémi est très fier. Rémi le grand garçon qui va en courses.

Les jouets sont déjà arrivés dans les grandes surfaces. Le regard de Madame B est attiré dans un rayon, elle pousse le caddy à cet endroit et y découvre de jolis harmonicas. Des roses, des bleus et des verts. Elle hésite un peu, c'est Monsieur B le musicien de la maison et habituellement c'est lui qui s'occupe de ce genre d'achat mais il n'est pas là et Madame B en a trop envie. Bien entendu, comme toutes les mamans d'enfants différents, elle ne voit pas que le jouet: « hum, hum... C'est extra ça pour faire souffler Rémi! » C'est comme ça que le petit instrument de musique se retrouva sur le tapis roulant à la caisse. Monsieur B l'aura étudié à la maison et donnera son approbation: « C'est un très bon harmonica »

Madame B prépare le déjeuner en musique et regarde père et fils en toute complicité. Difficile à sortir un son quand on souffle avec le nez. Monsieur B qui est d'une patience exemplaire sur le sujet, explique, montre et re-montre comment faire sortir les sons de l'harmonica. Le soir venu, à la maison on pouvait entendre deux parents supplier leur petit prodige de faire un tout petit peu moins de bruit.

Voilà, le premier mot de la semaine sera bien entendu: harmonica.

dimanche 19 octobre 2008

L'année prochaine

Rémi avait un RDV avec la personne qui prendrait toutes les mesures nécessaires à la fabrication de semelles. Corriger la tenue de ses pieds était devenu une priorité. Cette semaine, le médecin l'avait décidé. Finalement, Madame B n'est pas mécontente de la nouvelle. C'est sûrement mieux pour la colonne de Rémi et puis elle pourra enfin s'autoriser le plaisir des magasins de chaussures pour petits. Il pourra même avoir de vrais chaussons! Alors c'est avec le sourire qu'elle se rassurera, une dernière fois, sur le sujet auprès du spécialiste: « Je pourrai mettre ses semelles dans toutes ses chaussures ? Et les chaussons, les bottes de pluie ? »

Voilà, une chose de faite. Attendre une dizaine de jours et les recevoir par courrier directement à domicile. Vraiment pas compliqué. Madame B peut donc déjà penser à ce qui suivra: Les lunettes de Rémi. Ça, c'était la semaine dernière: « Il lui faut des lunettes de « repos » et plus il le portera, mieux ce sera »... Le plus compliqué reste à convaincre le petit concerné à les garder sur le nez. L'ordonnance est dans le sac, il faut juste trouver un opticien dans le coin, la motivation et une bonne fée pour y arriver.

Deux semaines de RDV enfin terminées. C'est avec une grasse matinée que Monsieur et Madame B ont décidé d'entamer ce dernier week end d'été. Lui, l'avait bien mérité. Passer 20 heures à travailler dans une journée, difficile de ne pas être épuisé le vendredi soir arrivé. Semaine Pénible pour elle qui s'était occupée d'un petit « diablotin rouge vif » et qui avait dû gérer la maisonnée toute seule. Même les chevaux ! C'est avec une grande satisfaction qu'elle l'a « chanté » dans le bureau de son époux: « Et tu n'étais même pas dehors à surveiller! » Et puis...Et puis, il y a eu le RDV avec la neurologue qui connaît Rémi depuis la maternité, celle qui ne sait pas "parler", celle avec qui les mots font mal. Mal employés ou bien mal formulés, Avec elle, Madame B est sûr de sortir de la pièce avec une boule dans la gorge. Pourtant elle devrait y être habituée et faire comme Monsieur B sait très bien le faire. « ne plus rien entendre » Mais c'est avec les yeux remplis de larmes mal cachées et un faux sourire qu'elle est sortie et puis très vite elle s'est recroquevillée dans sa petite bulle pour ne plus sentir les choses dites comme: « Il faudra appareiller Rémi pour sa scoliose » Monsieur B lui a juste entendu « Il faudra voir avec le professeur qui s'en occupe, c'est à lui de décider » Ce professeur, le seul qui peut se permettre de poser ces mots sur la table est arrêté pour maladie et ne reviendra pas avant la nouvelle année. Il paraît que ça peut attendre jusqu'à là. Madame B a passé toute une nuit à pleurer, elle s'est réveillée bien décidée à ne pas se noyer et en attendant la prochaine secousse, elle veut oublier ce fameux RDV « qui ne compte pas ».

Madame B l'avait promis à son bébé « Plus que deux dodos et tu revois Lucie » La demoiselle avait envie de passer le week end à la campagne et retrouver ceux qu'elle avait quitté il y a quelques semaines. C'est presque une jeune fille que Madame B embrasse fièrement: « Bonjour Lucie, tu as trouvé le chemin facilement ? ». Elle avait pris le bus seule, pour retrouver sa maman à l'endroit indiqué. Sac à dos et petites affaires sont déposées dans la voiture et la voilà en compagnie d'un petit garçon qui se réjouit de l'arrivée de sa sœur. Il lui faudra quand même patienter une heure avant de vraiment jouer, le temps passé sur la route pour retourner à la maison. Pas difficile lorsqu'une Lucie se retourne sans arrêt pour discuter un peu ou bien faire quelques clowneries et entendre dire: « Tu es le plus beau des petit garçon de la terre » Il ne veut qu'elle et surtout ne veut pas la partager alors quand Lucie explique que là haut, dans la chambre de Leia il y a beaucoup de travail qui l'attend car elles l'ont décidé: Ce samedi sera consacré au grand rangement. Rémi crie, Rémi proteste violemment lorsque sa sœur chérie s'en va s'occuper d'une autre âme que la sienne. Quand Lucie réapparaît au premier étage, Rémi bondit de joie. Il lui montre avec un gros câlin et lui prend la main pour l'inviter à venir jouer un peu avec lui, avec en bonus un merveilleux sourire de petit coquin qui fait fondre sa grande sœur, bien entendu.

Les vacances de la Toussaint arrivent alors des sœurs, Rémi en aura plein la maison, Madame B sera bien occupée, bien entourée et puis ensuite, juste après, il faudra préparer les fêtes de fin d'année... Elle ne veut regarder que ce côté là et « on verra bien » le reste c'est pour:

l'année prochaine!

lundi 13 octobre 2008

Tempête

Il y a des jours comme celui d'aujourd'hui où Madame B voudrait quitter la maison ou bien ne plus avoir de petit. Des jours où ses poumons n'arrivent pas à respirer jusqu'au fond, où ses joues restent crispées et lors de ces jours là, que personne ne l'effleure sous peine de voir sortir le monstre « colère-rouge » Il y a des jours comme celui d'aujourd'hui où un petit garçon voudrait rester collé à sa maman. Dans la cuisine, au salon, au bureau et même pendant la douche de l'adulte, il voudrait ne plus la quitter. Où « hypotonie » ne rythme pas avec Rémi, des jours où furie serait la « couleur » du fils chéri.

Le fils de Madame B a dû battre tous les records mondiaux de bêtises et entre deux interdits, elle est certaine que le petit diablotin restera imbattable!

Rien que dans la cuisine: Il aura trouvé le pot de vermicelles multicolores et en aura vidé le contenu dans la bouche et par terre. Juste après c'est au tour de la boite de sel, heureusement pas dans la bouche... Quoique, cela aura pu servir un peu de leçon ? Mais où était Madame B ? Juste à ses côtés! Mais le dos tourné, essayant de nettoyer un peu le garde manger. Pas le temps avec le monstre à deux pattes. Ce qu'il a sûrement trouvé le plus amusant c'est d'enfermer le pauvre Capi dehors mais avant, lui coincer un morceau de queue pour la joie de l'entendre crier un peu. Un casque audio trouvé dans le tiroir du bureau, chouette! Il n'y a qu'à trouver des petits trous pour le brancher, c'est assez amusant de faire comme les grands, surtout quand on l'essaie sur une prise de courant car voir sa maman furieuse comme ça, c'est pas souvent. Et puis le top du top, c'est juste après que Madame B ait terminé d'aspirer la cuisine. Prendre des bûches de bois pour les ranger sous la table, mais avant, semer des écorces un peu partout dans la pièce, c'est assez sympa aussi. Sympa aussi pour le sol... Une pomme, chipée dans la corbeille au passage, bien juteuse, qui dégouline et laisse de jolis ronds par terre. Plif, plaf, plouf... Pourquoi ne pas marcher dedans c'est chouette ça aussi! Le vêtement tout propre du matin, bien mouillé, sucré collant aux manches ça ne plaît pas, alors il rouspète, il faut tout de suite partir le laver, le sécher... Tiens pendant que le robinet coule, essayer le dentifrice des grands pendant que maman s'occupe du linge... Le petit tyran veut tout tester, il est très habile et pour y arriver il séduit Madame B avec sa formule magique qui a énormément évolué en quelques jours « Rémi parle en ce moment tu ne trouves pas ? » Elle l'écoute baragouiner, du charabia très très doux et parfois un « naan !!! » et même un « naan mouaa ! » et entre deux phrases farfelues, il y a ceux qui font « boum-boum » dans le cœur de Madame B, ceux qui font baisser le taux d'énervement de la pauvre maman. Il y a « nonne » quand il veut l'aspirateur, « mouaa » quand il insiste. Il y a « téti » très souvent dit mais Madame B n'a pas su traduire, pourtant ça a l'air très important. « ati » veut dire parti, "pomme" il l'a très bien dit, « a-on » quand il montre son ballon... Plusieurs petit mots glissés comme ça , l'air de rien et qu'il faut bien écouter car si Madame B en redemande ou bien s'arrête pour applaudir le petit parleur cesse et rigole. Impossible de l'entendre une deuxième fois. Sur une échelle de mesure, Madame B se promène une fois tout en bas puis la seconde qui suit, tout en haut de la courbe avec le sourire qui vaut bien celui d'un enfant devant le père Noël.

Alors Madame B s'essaie à la respiration profonde pour trouver la patience, pour ne pas laisser la colère l'emporter. Rémi découvre son environnement et son corps. Lui rappeler gentiment qu'ici il y a des règles à respecter. Profiter de son jeune âge en détournant l'attention pour éviter les conflits, dire « non » fermement quand il le faut vraiment et surtout patienter devant cette tempête qui, Madame B en est certaine, va changer le « décor » quand viendra le calme et en attendant, pour se ressourcer, c'est auprès de sa jeune pouliche qu'elle ira. Profiter de la sieste de son bébé, du beau temps et du calme que lui offre la campagne. Sortir de la maison, devenir la complice de Tylwyth, prendre plaisir au temps passé avec elle, la brosser et laisser ses mains découvrir la nouvelle saison dans sa robe d'Irish Cob: Petite fourrure de nounours toute douce qui s'épaissit chaque jour un peu plus et enfin, elle pourra ouvrir la porte de la chambre avec le sourire d'une maman qui sera prête à affronter la tornade. L'emmener se promener, s'aérer, profiter de la liberté: assis sur le tricycle ou bien à pieds, ce sera à lui de décider.

vendredi 10 octobre 2008

Lire à 3 ans...

Le livre est posé sur le bureau. Sur sa couverture: Le bonheur d'apprendre à lire. Cette semaine c'est la sortie de sa troisième édition et un nouveau titre: « Lire à 3 ans c'est tout naturel » Alors forcément les souvenirs remontent. Sa grande découverte sur le sujet, sa toute première aventure de maman qui comprenait à quel point le langage oral était aussi naturel à apprendre en famille que celui qui s'écrivait dans les livres. Que lire pouvait être source de plaisir, que son apprentissage pouvait être un jeu et non une méthode purement scolaire apprise à six ans et qui devait être acquise très vite alors que commencer à la maison à l'âge des couches culottes, ça laisse le temps de voir venir. Elle se souvient encore de sentiments partagés lorsqu'elle se rendait au rendez vous de début d'année, celui où l'instituteur aimait expliquer aux parents le programme de la nouvelle année. L'envie de rire devant tous les visages tendus, crispés et même carrément apeurés lorsque venait le moment d'aborder l'apprentissage de la lecture et la peine qu'elle ressentait devant ce tableau tout gris. Expliquer à toutes ces mamans qu'elles auraient pu, qu'elles auraient dû, que c'est vraiment important pour les enfants de sentir la confiance planer dans la salle et surtout ne plus entendre: « Mais il n'y arrivera jamais! »-  « Et si au printemps il ne sait toujours pas lire ? » Pas de bataille de déchiffrage le soir après l'école pour les parents et les enfants devant le petit livre: la phrase qu'il faut apprendre par coeur pour demain, celle qui rappelle qu'apprendre à lire c'est difficile, celle qui en dégoûte plus d'un pour toute une vie des livres et de leur contenu.

Madame B a vu deux de ses filles découvrir par elle même que B et A ça se lisait BA. Personne absolument personne leur a parlé du sujet mais elle l'ont découvert par déduction, avec leurs propres « outils » . Leia avait découvert que si on pouvait grimper sur une chaise alors ou pouvait aussi dé-grimper. Seuls les enfants sont capable d'une telle logique. En lecture c'est pareil, les enfants sont capables d'une même intelligence. Surtout à partir de deux ans, bien souvent c'est à cet âge qu'ils démarrent vraiment le langage. C'est dans ce livre là que Madame B l'a compris et en direct, avec ses filles. Aujourd'hui c'est au tour de Rémi, le petit panier à mots est déjà bien rempli et Madame B se régale encore de retrouver en face d'elle un tout petit bout qui croque le mot poire ou bien qui fait voler le mot avion ou encore qui imite le bruit de la tronçonneuse lorsque Madame B lui écrit sur le tableau et qu'elle retrouve le mot céréales dans le bol du petit gourmand.

Sur le frigo, les mots de la semaine, ceux qui ont pu avoir de l'intérêt pour le petit apprenti. Rémi aura ainsi découvert le mot bonbon en même temps que la petite gourmandise. Avion est le plus vieux compagnon et lorsque Madame B voit Rémi pointer le « i » sur un tout nouveau mot pour ensuite se montrer du doigt très glorieux d'avoir reconnu cette lettre qui caractérise son prénom à lui. Elle ne montre pas « l'erreur » mais elle félicite la découverte. Elle peut lui expliquer qu'il y a un « i » dans Rémi et qu'elle est très fière de lui parce qu'il l'a remarqué tout seul et juste pour finir, côte à côte ils comparent les deux mots, côte à côte elle sent la chaleur d'une tendre complicité, une force qui pousse, qui donne envie de vivre l'aventure et rien que pour ça, Madame B peut continuer: Elle a gagné!

jeudi 9 octobre 2008

Automne

Comme tous les matins elle préfère se lever avant les autres habitants de la maison, sur la pointe des pieds elle descend l'escalier et, accueillie par le petit chien, elle s'en va chercher ses chaussures pour sortir, accompagnée de Capi. Pour le plaisir , écouter le réveil des oiseaux, s'abandonner à la paix d'une campagne encore endormie et à la toute nouvelle journée qui vient de commencer. L'un s'en va, l'autre arrive. Madame B déteste la tombée de la nuit. La même obscurité, la même odeur de rosée, dans le ciel la lune et le soleil... Mais elle n'aime que le matin. Tous les soirs, elle fuit l'arrivée de la nuit et tous les matins elle profite de la clarté d'un nouveau jour. Le petit déjeuner se fait tranquillement, ce moment là est aussi celui qui va guider sa journée. Pas de bruit, pas de blabla. Juste elle, son matin et son bol de café. La porte fenêtre qui ouvre sur le jardin et le pré affiche la saison en direct et c'est bel et bien l'automne que Madame B voit se dessiner sur les vitres. Ces couleurs étonnantes de beauté et de coutume. C'est son deuxième ici, dans sa maison qu'elle a choisie aussi pour cette fenêtre et la vue qu'elle offre depuis sa pièce préférée. Madame B retrace les trois automnes passés avec son fils. Le premier, celui où son ami Philippe venait sonner à la porte d'entrée, psychomotricien de métier, il venait écouter qu'ici on pensait que Rémi était autiste pendant que les médecins se penchaient sur une myopathie. Philippe venait chaque semaine voir le petit garçon expliquer à Monsieur et Madame B ce qu'était l'accrochage visuel et comment sortir leur bébé de « là ». Philippe lui avait dit un jour: « Nous avons travaillé des semaines et des semaines ensemble pour que Rémi s'accroche à vous car il le fallait » Lui savait déjà que Madame B se confronterait, un jour, au problème de la séparation mais que c'était le prix à payer pour ... le sortir de « là ». Elle voudrait tellement que les gens de métier le sachent ou le comprennent eux aussi et qu'elle n'ait plus besoin de justifier sa présence avec lui pendant leurs séances, qu'ils ne voient pas un problème chez Rémi mais qu'il soit juste compris, qu'il n'a pas besoin de temps mais qu'il le mérite bien...

Le deuxième automne était celui des clefs de la maison et d'un bébé qui tarde à marcher. Madame B était polluée par cette pensée: « Et s'il ne marchait jamais? ».Julie, la fille aînée de Madame B, aimera plus tard, rappeler cette phrase dite tant de fois à sa maman, à des moments bien choisis. Les médecins étaient rassurant car Rémi ne cessait de progresser mais pourtant il fallait être sûr: Écarter une myopathie. Alors ils parlaient de biopsie musculaire pour leur tout, tout petit garçon. Le troisième automne, c'est celui que Madame B vit, maintenant à cet instant qui passe .Elle pense à ses amis, ceux que la vie a poussé sur le chemin du handicap. Elle entend Pascal, Élise qui lui parlent d'acceptation, Béatrice qui l'a rassurée presque avec les mêmes mots parce qu'eux, ils ont roulé deux années de plus sur ce chemin là et ils savent de quoi ils parlent quand ils s'adressent à Madame B. Ce troisième automne c'est celui des mots-maux. Les premiers manquent à Rémi et les seconds débordent de Madame B. L'ouverture d'un autre chemin, le croisement qui se dessine entre les deux comme la nuit et le jour. Le jour et la nuit. Madame B regarde vers celui du matin parce que Rémi sait regarder avec des yeux remplis de milliards d'étoiles, parce que Rémi ne va pas mourir demain de sa maladie, parce que Rémi marche et parce que Rémi chante toute la journée tous les sons pour rassurer Madame B qu'il fredonnera bientôt en mots, dès qu'il pourra démarrer. Demain, c'est aussi la nuit juste avant. Regarder le soleil se coucher pour son quarante et unième automne et apprendre à voir la beauté de ce jour qui est en train de se préparer sans avoir peur de la nuit juste avant. Peut être un jour parvenir à la contempler et même réussir à l'apprivoiser.

lundi 6 octobre 2008

Une formule magique pour lâcher prise

Tous les vendredis matins, avec Rémi, ils se rendent chez l'orthophoniste, une charmante dame, pleine de volonté et d'idées. Pour le moment, ils se découvrent tous les trois... Tous les deux. Madame B a quelques « devoirs » à faire à la maison. Des feuilles avec des questions se rapportant au langage mais aussi aux gestes quotidiens, de la naissance jusqu'à aujourd'hui. Depuis 3 semaines, les feuilles sont posées sur son bureau, juste à côté d'elle « pour y penser » mais depuis ces trois semaines, dès que Madame B essaie de griser les petites cases réponses, elle sent monter l'émotion qu'elle retient pour ne pas se noyer dans les larmes qu'elle ne veut plus.

"Maintient de brefs contacts visuels lorsqu'il est nourri?" 

"le parent paraît à l'aise lorsqu'il manipule l'enfant?" 

"Se montre intéressée par les gens et non les objets?"

Des questions concernant son bébé de la naissance à trois mois. Madame B pensait déchirer cette page, la jeter. Ne plus la voir exister serait moins douloureux mais elle fait partie du passé. Celui de son petit garçon qui, depuis trois jours fredonne la formule magique toute la journée: paptaééé, paptaééé...

A la question du vendredi matin devant la charmante dame (quoi de neuf cette semaine), Madame B répondra: Rémi commence à redire: « none » pour donne.

Et puis, elle s'empressera sans aucun doute de lui fredonner aussi la formule magique, celle de son petit magicien: Paptaééé, paptaééé... Quand sa maman ne sourit plus, que sa mine devient triste, alors il s'en sert. Il sait bien qu'à chaque fois, ça ne manque pas, un sourire instantané sur le visage de celle qu'il aime le plus au monde se dessine et dans ses yeux, il y voit plein d'espoir, celui qui le fait aussi avancer.

Ce matin, dans le bureau, Rémi a entendu sa maman se lamenter. Rémi était encore une fois le témoin d'une maman qui raconte qu'elle a besoin de tester sans arrêt, qui veut absolument prouver que dans la tête de son petit garçon ça tourne bien rond, en tous les cas assez rond pour rouler dans la vie, à l'école, dans la société. Dans ces paroles, Madame B entend, pour la première fois, à chaque mot qu'elle sort: Il faut lâcher prise! En écho, il y a cette phrase qui résonne sans cesse. L'orthophoniste a souri, lorsque Madame B l'a constaté, à haute voix dans la pièce après lui avoir avoué ceci:

Ce matin, en habillant son fils d'une chemise à carreaux, Madame B lui explique que ce vêtement lui a été offert par sa marraine. C'était à son fils à elle avant de lui appartenir. Rémi écoute, admire son nouvel habit, satisfait comme d'habitude d'avoir une chemise qui venait de son copain, Émile. Dans la salle de bain, Leia a laissé des Playmobils, Rémi s'est assis pour jouer avec. Ils sont tous vêtus de couleurs et de motifs différents, il y en a douze. Rémi s'arrête pour en pointer un. Celui à la chemise à carreaux. Avec son index, et le petit son habituel pour dire « tu as vu? » il pointe le bonhomme puis il se montre d'un air très glorieux.. Il venait de « dire » à sa maman: « Regarde, lui aussi a une chemise à carreaux! » Ça aurait suffit à une maman « Parfaitement-parfaite » mais Madame B l'a admis à cette charmante orthophoniste. Au petit déjeuner, elle a sorti quatre Playmobils sur la table dont celui pointé par Rémi. Elle a demandé à son pauvre petit garçon très patient avec sa maman: « Tu me montres celui avec la chemise à carreaux? » Et le pauvre petit garçon s'est exécuté très gentillement, très fièrement.

Madame B avait besoin, encore une fois de se rassurer, d'être certaine que la salle de bain ce n'était pas un hasard. Elle est sortie de cette séance, pas très fière d'elle, mais pas non plus terrassée par ce constat. Non, elle veut avancer maintenant, son petit garçon est... Un bonhomme « extra-ordinaire »- « fantastiquement-génial » et elle compte bien travailler une chose à chaque jour qui passe...

Lâcher prise.