Remilou

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samedi 23 août 2008

Fête des mères

Madame B a chargé la voiture de cartons et de sacs. le petit hamster, resté dans sa cage voyagera sur les genoux de la demoiselle qui l'a décidé.

Toute la matinée, Madame B s'est affairée, elle a rangé, trié, jeté. Il y a la grande armoire à « caser ». Elle a trouvé sa place, dans la chambre de Rémi et la commode, maintenant trop petite pour contenir tous les vêtements d'un garçon qui grandit trop vite est partie dans la chambre de Lucie, devenue « la chambre d'amis ». Elle en avait besoin, il fallait tourner cette page. Sans attendre de rentrer, Madame B a voulu, tôt ce matin tout réorganiser. Pour avancer, pouvoir continuer.

Il lui faut juste un peu de déco et de nettoyage . Elle y accueillera deux jeunes filles dès le lendemain. Julie et Chloé, les grandes, grandes sœurs de Rémi, les deux ados de 17 ans partageront tous les moments qu'elles voudront dans cette chambre relookée en chambre d'amis.

Madame B de retour dans la soirée, le cœur un peu serré, essaie de continuer, sans trop penser, à transformer cette pièce en un endroit chaleureux et accueillant avec ce qu'elle a trouvé « Leia, si tu trouves un gros nounours pour le fauteuil là, tu voudras bien me le donner ? » « Tu en veux de cette lampe ? Tu en as déjà une... » Maintenant, il faut vider les tiroirs de la commode pour l'emmener à l'autre bout du couloir... Le premier tiroir, était celui des pyjamas et en dessous, dans une pochette de papier, Madame B l'avait oublié. Elle avait glissé son cadeau de fête des mères. Peut être le plus beau de toute sa vie d'ailleurs, sans le savoir au moment où elle l'avait reçu.

Son ventre brûle à la vue de la pochette, des fourmillements dans les membres, elle se pose un instant sur le lit de son petit. Plus rapide qu'un éclair elle se retrouve projetée il y a un peu plus de deux ans en arrière. La douleur est vive, le sentiment est fort. Elle ose à peine l'ouvrir, trop peur de le revoir. Madame B se dirige vers Monsieur B. Ses pas seront ceux d'une personne qui connaît son chemin par cœur et sans se poser de question, elle la lui tend: « Tu te souviens ? » « Garde la bien! ... Bien sûr que je me souviens... »

Jamais, jamais elle ne l'a raconté. Juste Monsieur B le savait, un moment d'égarement, de faiblesse rien d'autre, pourquoi l'avouer ? Il fallait juste l'oublier.

L'histoire d'une naissance ne s'efface pas et ce soir Madame B a envie de ne plus se cacher. Ce souvenir est remonté, il est là, il est terriblement douloureux et elle se sent vraiment désolée pour son petit garçon si courageux, si combattant .

A l'hôpital, Rémi s'est battu dès son arrivée. Et puis, petit corps tout mou, il maigrissait a vu d'œil. Les médecins n'osaient plus les regarder en face, dire qu'ils ne donnaient pas cher de la peau de ce bébé sans diagnostic posé. C'était deux jours avant la fête des mamans que Madame B s'était détournée de son bébé. Elle se souvient prétexter une grande fatigue, que Monsieur B pouvait emmener, aussi bien qu'elle, le lait qu'elle avait tiré avec cette machine « sans cœur ». Que de toute façon leur nouveau né dormait, enfermé dans sa couveuse chauffée par les lampes ultra-violet pour essayer d'en finir avec une jaunisse venue achever le travail d'épuisement chez ce bébé. Aucun biberon, aucun contact, juste la réalité en face d'elle, trop douloureux, elle voulait oublier... Et ça, Monsieur B avait bien compris que la maman de son petit homme était en train de « partir », décrocher du monde réel afin d'essayer de survivre un peu au milieu de cette étrange impression de vide. Ce n'était pas le moment, ça aussi il le savait très bien, alors avec toute sa force, tout son « savoir faire » et surtout tout l'amour qu'il a pour ses deux êtres si chers. Les épaules hautes, il emmène Madame B voir son petit garçon ... C'était le jour de la fête des mamans...

Elle ne voulait pas le blesser, aggraver sa peine, « Tuer » son courage alors, assise dans le fauteuil roulant, elle se laisse emmener. Traverser le long couloir, sans rien dire, la gorge trop serrée pour y laisser un mot sortir. A l'autre bout de l'hôpital, au service « réanimation néonatale ». A peine arrivés, les auxiliaires sont venues auprès du couple. La peur de l'annonce d'une mauvaise nouvelle a disparue aussitôt le cadeau donné et les mots qui allaient avec, ceux qu'il lui fallait juste là:

Bonne fête maman!

Depuis deux jours: Photos, découpages et collages... Rémi faisait partie d'une vie... Il avait lui aussi eu le droit aux photos... « Alors s'il peut être sur photos c'est qu'elles croient en lui? C'est peut être pas fini ? »

Une force extraordinaire s'est emparée de son corps tout entier et le fond qu'elle venait de toucher avait complètement disparu. Il fallait se battre. Elle était sa maman et il comptait sur elle... Sur eux et à chaque visite c'était comme ça, Rémi ouvrait les yeux, pour eux! Et les refermait dès qu'une blouse blanche pointait le « bout du nez ». Croire en lui, ne plus regarder au fond des yeux des médecins pour essayer de trouver de l'espoir, une vérité, mais regarder au fond de ceux de son fils et y croire!

Voilà... C'est dit. Madame B aura « lâché » son fils deux jours et quand elle revoit ce soir le tout petit visage abîmé par la douleur et l'amaigrissement de son bébé sur la photo... quand elle regarde tout ça, toute l'histoire de sa naissance, Madame B se dit que le « travail » se fait doucement, la douleur est encore très aiguë mais elle peut enfin la «détailler» la revivre pour enfin se libérer.

Ce soir, Madame B a pris son fiston dans les bras et lui a demandé pardon; pardon d'avoir douté de lui pendant ces deux jours. Ensuite, elle est partie ranger le « souvenir » en le regardant, cette fois, avec une sourire tendre... Un sourire de maman.

mercredi 20 août 2008

Feu de camp

Depuis plusieurs semaines, leur petit garçon s'agrippe à la poignée de la porte d'entrée. A peine sorti de son lit ou bien fini de manger qu'il veut partir découvrir l'extérieur de sa maison et tout particulièrement le côté route. Il y a Pierre et Louise les petits voisins, toujours contents de retrouver leur copain. Il y a le cheval de maman aussi, il peut même la caresser; Madame B surveille bien mais il a le droit car elle commence à connaître sa jument maintenant et puis Tylwyth a grandi. Les animaux, les copains qui prêtent volontiers leur tracteur que Rémi adore vraiment beaucoup (Madame B « étudie » la chose de très prêt car lui en offrir un avec une benne, c'est un moment de joie assuré). Et puis, il y a aussi les balades, avec le petit chien: Capi. Main dans la main, mère et fils marchant le long de la petite route, profitant du décor que leur offre cette fin de mois d'août. L'index toujours pointé devant ou bien en l'air pour le plaisir d'entendre sa maman lui expliquer, raconter que ces oiseaux là ce sont des hirondelles et qu'elles partiront bientôt, que les feuilles des arbres commencent à changer de couleurs, que la prochaine saison ce sera l'automne et qu'il ne faudra pas en avoir « peur » car c'est un trimestre très joli, plein de couleur et que dans leur région, comme pour compenser un été peu ensoleillé, les journées peuvent être très agréables et que des balades, ils n'ont pas fini d'en faire tous les deux, « en amoureux ». Ils iront cueillir les noix, les noisettes et Madame B a un peu hâte maintenant d'autoriser son petit gourmand à décrocher une pomme de sa branche et s'en régaler.

Il y a des moments simples comme ceux là, qu'on aime refaire chaque jour et qui se gravent dans la vie. Les instants ordinaires qui font du bien qu'on raconte, plus tard, à ceux qu'on met au monde comme les moments un peu spéciaux, ceux qui rendent ces vacances uniques plein de souvenirs.

Madame B tenait énormément à un de ces plaisirs d'été, elle s'était jurée de le faire lorsqu'elle aurait sa maison rien qu'à elle... Alors maintenant qu'elle l'a, ce tout premier été passé dans sa demeure, personne ne pouvait lui dire non. Toute la petite famille et même ses charmants voisins étaient invités:

« Ce soir, c'est feu de camp dans le jardin et chamallows grillés!!! »

Si Monsieur B devait écrire ces quelques lignes, il raconterait sans doute qu'il s'est senti un instant au camp des scouts, là où il a appris à préparer, avec tout le respect de l'endroit, la place pour le feu et comment y installer les branches. Madame B admire son chéri, se réjouit de cette soirée qu'elle est sûre de ne jamais oublier.

Après avoir découvert ce petit bonheur sucré pour certains et s'être régalés pour tous, les invités sont partis rejoindre leur maison ou bien les chambres. Monsieur et Madame B ont eu envie de savourer encore un peu ce moment. Un verre de vin à la main, assis sur un banc, ils dégustent un ou deux petits bonbons « ce n'est pas sérieux mais tellement bon »... « Attends, je vais te le faire bien chauffer tu vas voir »... Ils veillent à bien éteindre le feu et juste avant de refermer la porte de la maison, Madame B regarde une dernière fois son jardin, ferme les yeux deux secondes, profite de l'odeur de l'été mêlée à celle du feu de camp et s'en va dormir paisiblement dans sa maison adorée.

lundi 18 août 2008

Un morceau de rêve.

Monsieur et Madame B ont reçu un bout de leur rêve il y a quelques jours...

Une roulotte, c'est ce qu'ils veulent en compagnie de Tylwyth et Sirano.L'une est Irish Cob et le second, un trait Comtois. Ils sont encore très jeunes tous les deux et c'est tant mieux, Monsieur B veut des chevaux qu'il aura lui même éduqués, sans tirer, sans brutalité, juste accompagner, guider. Il faut beaucoup de fermeté avec ces deux «gamins » là. Marquer le respect, savoir qui est le chef. C'est le but à atteindre avant de partir sillonner, les routes de leur région. Découvrir des villages, des gens passionnés qu'ils espèrent rencontrer lors de leurs virées.

Alors en attendant les jours de bohème, pour « essayer »comme dit Monsieur B qui attend de voir sa compagne de route toute une journée assise à contempler le décor que lui offrira la nature. Lui, il est déjà parti. C'est un chariot bâché qui est arrivé. Avec deux bancs pour les passagers assis à l'arrière. De la place, il n'en manque pas, ils pourront même emmener leurs deux chiens. Déjà les yeux brillent, les sourires se voient sur le visage des deux époux. Voilà. Il est là leur morceau de rêve. Juste là...

Madame B veut y monter, s'aventurer tout de suite. Ce n'est pas le moment mais tant pis, elle veut l'essayer maintenant... Monsieur B a bien senti l'envie qui d'ailleurs s'est installée chez lui aussi, il faut juste le temps de préparer Monsieur Sirano et le départ peut être annoncé.

Assis sur un banc, à côté de sa maman, Rémi n'en perd pas une miette, il ne bouge plus. Les mains de son papa qui tiennent les guides l'attirent, il aimerait bien lui aussi mener Sirano. Hop, le voici debout; trouver l'équilibre ce n'est pas si difficile que ça et il aime bien. Madame B préfère quand même qu'il se tienne. Rémi proteste, Monsieur B se fâche car en chariot, avec un jeune cheval comme Sirano, on ne rigole pas. Rémi est tellement content qu'il n'écoute pas, il veut la place des grands maintenant. Alors, avec quelques petites conditions à respecter sinon... Rémi se retrouve assis juste à côté de son papa. Maman derrière, tout va bien... Leur petit garçon, leur très très jeune apprenti observe attentivement tous les gestes de Monsieur B, il écoute les « ordres », il essaie lui aussi « hahahahaha » « Rémi, ne fait pas de bruit! »... « Sirano, Trottez! »... Une petite fille, sortie de sa maison pour prendre des photos, le bruit des sabots dans le village, les maisons découvertes une nouvelle fois, encore plus belles vu comme ça...

Madame B sourit, profite de cet instant unique: Leur première sortie avec leur morceau de rêve...

samedi 16 août 2008

Fils unique

Elle a l'âge d'entendre: «Tu es trop vieille maintenant» et elle a fait cinq enfants. Partout on la félicite d'être si courageuse et partout on se rassure «Vous vous arrêtez là hein?» et même parfois il y en a qui osent lancer :«Avec un enfant handicapé, c'est certain, c'est terminé?»

Pourtant depuis quelques jours Madame B est partie dans ses pensées les plus folles. Elle sait que ce serait complètement déraisonnable de faire un bébé maintenant et penser à attendre encore une année de plus que Rémi grandisse, ça reste insensé quand même.

Madame B a 40 ans passés, sa dernière grossesse s'est passée allongée pendant plusieurs mois clouée au lit à compter les heures et se dire: «plus jamais ça». Une fatigue immense l'avait envahie après son séjour à l'hôpital. Elle se souvient encore dire à Monsieur B «Je suis trop épuisée, mon corps n'en peut plus des grossesses» et pourtant...

L'envie est là, tout au fond dans ses tripes, plus qu'une envie...Quelque chose de presque vital est venu asphyxier son cerveau. Elle ne pense qu'à ça.

D'où vient cette folie ? Pourquoi vouloir un bébé, un tout petit bébé tout doux, tout rose et bien potelé, avec des jambes à «ressorts», un bébé tout plié qui crie très fort, une jolie tête bien ronde, une tête de bébé bien portant. Elle s'imagine l'enlacer, le serrer un peu, juste assez pour le rassurer, lui donner la tétée. Leur petit bout d'amour là, dans le berceau, que les fées n'auront pas oublié.

Ce matin, à peine réveillée, elle en a parlé avec Monsieur B qui sourit à l'idée «Tu veux un bébé?» Serré l'un contre l'autre, pas besoin de parler pour entendre se qu'ils se disent, ils le savent tous les deux que non, vraiment l'idée est absurde. Ils s'avouent qu'ils ne pourraient pas revivre encore une fois une naissance d'enfant handicapé, non, vraiment pas...

Et pourtant, Monsieur B silencieux est démasqué. Un sourire et l'œil rempli d'envie viennent de le trahir. Lui aussi aurait bien craqué pour un autre bébé. Les voilà partis en plein délire. Oui, ils aimeraient tous les deux voir naître un beau bébé, ils se trouvent des tas de « bonnes raisons » oui, mais.... Mais au fond, la blessure est là et elle revient très vite balayer leur instant d'égarement et puis tous les beaux projets qu'il ne faut pas oublier:

Laisser grandir les chevaux encore 3 années et pouvoir en profiter sans compter le temps, regarder leur fils chéri grandir, passer de famille nombreuse à fils unique, c'est découvrir ce côté aussi et profiter de lui comme il le mérite. Accueillir les filles pendant les vacances, organiser avec elles des choses encore non réalisées « parce que bébé est encore trop petit »

S'occuper de leur nouvelle maison, leur nid d'amour. Le faire beau et bien douillet.Profiter aussi du « rien à faire » et de l'être aimé.

Si elle faisait, d'un coup de crayon un trait sur une feuille pour séparer deux côtés: l'un serait le « pour » et l'autre le « contre » alors là, elle se rendrait très vite à l'évidence. Pas d'autre bébé ici. Alors, pourquoi Madame B sent-elle cette terrible envie d'un nouveau né? Peut être serait il temps de faire le deuil, celui de son beau bébé parfaitement parfait qu'ils avaient imaginé si souvent il y a deux ans. Peut être serait il temps maintenant de se retourner pour regarder, vraiment, tout le chemin parcouru et y trouver des moments parfaitement parfaits avec leur petit garçon. Les jours sombres, ceux là, Madame B les a regardés bien trop souvent ou bien assez... Hier encore elle racontait combien cela l'inquiétait de ne pas entendre son fils parler «Mais tu sais, il y a des tas d'enfants normaux qui ne parlent pas à 2 ans » ça, elle ne veut pas l'écouter, peut être serait il temps de regarder de ce côté. Elle se souvient, lorsque petite fille elle s'était cassé l'avant bras gauche, pendant 2 mois entiers elle avait dû se servir de son côté droit, pourtant Madame B est gauchère mais il a bien fallu s'y habituer. Elle rêvait souvent du moment ou enfin, elle serait débarrassée de ce fichu plâtre qui l'empêchait de vivre comme elle le voulait, toujours être obligé de penser aux gestes. Madame B se souvient de cette étonnement lorsque pour la première fois elle a repris un crayon en main. Elle avait presque oublié le geste, sa main droite lui manquait et pourtant elle avait tellement rêvé de cet instant. Tous ses repères s'étaient envolés ou plutôt non: Elle s'en était construit d'autres et elle avait appris à s'y habituer.

Voilà, c'est comme ça que sont les choses aujourd'hui, l'annonce du handicap c'est le plâtre à son bras gauche. La nostalgie «d'une main gauche». Madame B l'a bien compris ce soir, jamais elle ne pourra l'enlever ce plâtre là et dans les bras de Monsieur B elle lui confiera à voix basse qu'elle n'en a pas envie d'un nouveau bébé. Content, peut être même un peu soulagé, il sourit à cette annonce et il fermera le sujet en déclarant: «Rémi sera notre enfant unique, enfant gâté, il sera...» Madame B terminera en disant «Et il l'aura bien mérité ce p'tit gars»

mardi 12 août 2008

Une famille recomposée.

C'est toujours réajuster le quotidien. Cette année au mois d'août, dans leur grande maison Monsieur et Madame B voient arriver leurs filles presque une par une. Doucement ce silence de juillet s'interrompt et laisse place aux discussions de ses charmantes demoiselles, au chahut, au jeux et aux disputes. Voir le frigo rempli est presque devenu un défi et Madame B prie que le lave linge ne tombe pas en panne maintenant, ce n'est vraiment pas le moment.

Cette année, c'est décidé, elle veut profiter, ne pas s'épuiser « diriger » nettoyer... Elle ne veut pas être la méchante sorcière qui peste, qui crie toute la journée parce qu'elle se sent débordée, surchargée de travail alors que tout à côté, les jeunes filles assez grandes pour aider aux tâches ménagères, s'amusent et rient et parfois s'ennuient...

Journée chaude avant hier et l'ambiance était de même température, étouffante et écrasante. Madame B aurait voulu terminer les travaux de rangement dans le garage, en finir avec le tas de bois aussi. Avec Rémi, elle a fait beaucoup de fois des aller-retour « oh! Hisse » en poussant la brouette avec son fils, elle a vite abandonné l'idée de travailler. Il aimait bien lui, mais trop fatigant pour elle alors, ils sont rentrés à la maison tous les deux. Madame B était déjà énervée, elle est partie prendre une bonne douche pour se calmer mais en sortant son petit diable était vraiment énervé, impossible pour ses sœurs de l'occuper, il ne voulait QUE MA – MAN! Les clowneries de Justine le laissent totalement froid, chaque invitation au jeu de la part de Leia est refusée. L'humeur avait déteint sur lui aussi, facile à comprendre, c'était certain qu'il ne pourrait pas tenir plus longtemps sous pression comme ça.

Après la tempête, le calme est revenu dans la soirée. Petit Rémi s'est endormi sans peine, les filles avaient « disparu ». Petit tête à tête dans la cuisine autour d'un verre, fin de discussion sur le sujet, la page a pu être tournée, main dans la main sur le chemin de la maison, la paix retrouvée pour Monsieur et Madame B décidés à ne pas se laisser déborder par leur petite tribu adorée.

samedi 9 août 2008

Justine

Il n'y a aucun doute sur le sujet lorsqu'on regarde les yeux de Rémi, oui c'est bien elle qui est arrivée et il en est tout excité, un peu gêné quand même, ça faisait longtemps qu'il ne l'avait pas revue, il va falloir quelques jours pour qu'il prenne ses nouveaux repères. C'est Justine cette fois ci qui vient de poser sa valise dans l'entrée. Dans le couloir elle avance vers son petit frère. C'est dans le regard qu'elle lui dira bonjour, « viens » avec les yeux et ça, Justine est une déesse en la matière. C'est certainement une des raisons que Rémi l'adore cette sœur là, elle comprend tout, juste un regard, un mouvement et elle a compris ce que Rémi voulait. Et puis, il y a la patience aussi. Madame B n'a pas encore trouvé ou était sa limite, elle varie d'ailleurs tous les jours. Justine est comme ça mais aussi l'âge de ses artères: 15 ans au compteur des anniversaires, Madame B peut dire qu'à la maison ils ne s'ennuieront pas... Justine est née juste après Julie. Pas simple d'être à cette place là. Julie est brillante dans ses études et d'un sérieux dans la vie que tous les parents pourraient envier à Madame B, alors c'est sûr que passer derrière une sœur comme elle, cela relève d'un réel combat que Justine a parfois du mal à gérer. « De toute façon mes notes ne seront jamais bien comme je passe derrière Julie... »

Dans la famille, c'est celle qui trouve toujours les bonnes idées pour occuper et... Les mauvaises aussi, il faut bien l'avouer. Elle adore son petit frère et sa maman aussi, même si ces derniers temps Madame B a de sérieux doutes sur le sujet.

L'adulte a plutôt intérêt à être parfait s'il ne veut pas entendre tomber les critiques de Mademoiselle Justine ou ses moqueries, elle est impitoyable dans ce domaine. Alors avec des yeux et un sens comme ça, rien d'étonnant d'apprendre qu'elle adore la photo. Rien ne lui échappe. « Maman je voudrais tellement avoir un « reflex » »

La campagne en vêtement d'été, les animaux et les gens de la maison, Justine aura de quoi satisfaire le « ventre » de son appareil photos alors même si ici « Y'a rien à faire maman, on s'ennuie... » Elle pourra faire la photographe pour toute cette grande grande famille recomposée qui se complète jour après jour et qui sera très bientôt au grand complet pour ce mois d'août 2008. Mais en attendant, il y a un petit garçon qui lui tire le bras et qui voudrait bien jouer un peu avec elle...

vendredi 8 août 2008

Lucie

Elle s'en va chez son papa, la petite chérie d'une maman un peu désemparée, la sœur qui partage la vie de Rémi depuis 27 mois. C'est elle qui lui avait « expliqué » l'escargot, la coccinelle. La peur de la pâte à modeler, envolée et à l'heure du goûter, elle arrivait triomphante: « Rémi, tu veux un gâteau ? »

Madame B s'y attendait, mais pas si tôt... Elles avaient discuté toutes les deux après le départ de l'autre sœur qui affirmait « Maman, je ne me reconnais pas ici . » Elle s'était habituée à la vie de campagne, elle rentrait de l'école « Tout va bien maman... » Elle garantissait des années encore à vivre avec eux... Madame B partait en voiture avec sa fille pour rendre visite « à la copine » qui habite en ville ou bien c'est elle qui venait chez eux. Toujours prête pour sa fille pour qu'elle se sente bien ici, à la campagne. Elle pouvait facilement se mettre dans la peau de la jeune demoiselle, pas facile de changer de vie comme ça lorsqu'on a 13 ans à peine. A la rentrée, elle avait demandé: « Maman, tu voudras bien m'emmener apprendre à jouer de la guitare électrique ? Je voudrais faire de la gym aussi... » Elle avait même appris à gérer son budget de dépenses personnelles. Tout était « rangé », organisé par ici... Madame B discutait souvent avec Monsieur B et elle savait qu'elle partirait elle aussi car avoir le choix quand on a 17ans ou bien 15 ou même 13, quand on peut décider de vivre en ville ou bien à la campagne avec l'un de ses chers parents, le choix peut être simple, vite fait... Mais elle pensait qu'elle « s'envolerait » au moment du lycée et qu'avant elle pouvait profiter encore de sa petite fille, la voir grandir à ses côtés.

Les vacances avec l'autre parent sont terminées, Lucie est rentrée, toute bronzée et un peu embarrassée... Annoncer à sa maman qu'elle compte partir, ça doit être difficile. Rémi n'arrête pas de l'appeler « Maman ? Ma-man?... Ma ? » Il lui tend la main, lui tire le bras pour dire « viens! » en direction de la salle de jeu. Il monte les escaliers qui mènent dans la chambre de la grande sœur pour y regarder le petit hamster qui vit avec Lucie en espérant qu'il sera sorti de son nid. Dès que Lucie part, Rémi proteste.

Madame B lui dit souvent: « Elle est rentrée maintenant, ne t'inquiète pas »...

Madame B avoue que cette fois elle a du mal, son cœur est serré, triste. Elle se sent abandonnée. C'est la troisième, il ne reste plus que Leia... La petite sœur des grandes sœurs. Pourtant elle peut comprendre, elle a fait ce choix: déménager loin de la ville, dans cette grande maison, qu'ici on appelle le château. De partir vivre dans un petit village, en plein milieu des champs, réaliser son rêve, sa vie avec la nature et ses chevaux et Monsieur B qui lui aussi partage cette même envie, cette passion. Elle aurait voulu y voir grandir tous ses enfants mais la vie en a voulu autrement et obliger ses filles de « la suivre » serait sûrement très égoïste.

« Les enfants partent tous un jour » dit Monsieur B à sa bien aimée qu'il aimerait bien consoler... C'est une vérité. Madame B voulait juste encore quelques années, laisser le temps et la « normalité » faire les choses.

Lucie s'en va. Quand elle reviendra ici, ce sera en vacances. Une autre vie, elles se retrouveront différemment, toutes les deux et doucement la complicité d'une mère et de sa fille se fera en trésors de relation que rien n'y personne ne pourra détruire... Madame B « perd » sa petite fille le cœur lourd, le cœur triste mais avec le sourire car elle sait combien c'est chaud, c'est doux de se retrouver, se ressourcer sous l'aile de sa maman. Alors Lucie peut partir le cœur léger, sa maman sera toujours à ses côtés où qu'elle aille, elle expliquera à Rémi et Leia comprendra elle aussi pourquoi ses sœurs sont parties.

jeudi 7 août 2008

Miroir

Madame B n'arrête pas de le dire depuis des mois et des mois:

« il faut lui installer un grand miroir dans la salle de jeu ...»

Rémi a deux ans passés maintenant et pourtant, toujours pas de quoi s'admirer dans sa pièce à jouets. Lui qui aime observer son reflet s'animer en face de lui, il fallait donc trouver une solution...

Et il l'a trouvé tout seul. Petit Rémi a de la suite dans les idées et pour arriver à ses fins, observer ce qu'il se passe dans la bouche, autour d'une pomme, assis sur son derrière juste en face de la porte du four à bois, il peut enfin satisfaire cette envie d'en savoir plus sur son corps, le regarder s'animer et plus encore. Il y passe beaucoup de temps, surtout lorsqu'il mange ou bien quand il vocalise quelques sons, les derniers appris avec sa grande sœur Julie: le A et le O, Rémi ne se lasse pas de se contempler. Parfois surpris en flagrant délit d'aller toucher le four, sachant que c'est interdit, il cherche en face de lui, tout autour de ce « miroir » la personne qui pourrait le surprendre et lorsqu'il la trouve, il ne manque pas de lui faire coucou, lui sourire, enchanté d'être à deux dans la vitre du four et surtout croire en sa toute puissance de petit diablotin qui mène son monde comme il l'entend.

Alors après tout, il a de quoi se regarder dans les salles de bains, Madame B a décidé que puisque son petit garçon est content comme ça, elle abandonne l'idée du miroir accroché dans la salle de jeu.

mercredi 6 août 2008

Fraises

Avec les mains, c'est trois fois l'index qui touche le bout du nez, Rémi regarde, Rémi sourit. Il observe le geste, essaiera plus tard quand il sera prêt. Les petites fraises du jardin, tout juste cueillies, encore chaude de leur journée au soleil, c'est comme ça que Rémi les préfère. Les petits doigts forment la pince et hop! Dans la bouche, Madame B regarde les mâchoires travailler et les yeux du petit gourmand pétiller.

« Hin, hin » pour dire encore, Rémi signe, il veut se régaler. C'est le moment de lui proposer, cette fois, le mot écrit. Avec le gros feutre noir, Madame B commence à le « dessiner »:

« Regarde Rémi, je vais écrire le mot fraise... »

Le petit apprenti lecteur est aux anges, son sourire se lit sur tout le visage et très très fièrement, avec le son bien caractéristique quand il dit : « Regarde! Tu as vu ? » Il se dirige vers Monsieur B, le mot à la main, il lui montre et attend la réaction...

«Oh! C'est le mot fraise que tu me montres Rémi ?»

Quel bonheur de le voir jouer, poser ses lèvres sur le papier, essayer de goûter à cette fraise là...

Madame B attend le petit déjeuner avec impatience car ce matin, elle a ramené quelques fraises du jardin qui attendent dans un bol avec des étiquettes mots juste à côté avec bien entendu, celui qu'il faudra trouver...

dimanche 3 août 2008

« A-O »

Fini les « dodos » comptés, dans dix minutes il regagnera sa place de tout petit frère, celui qu'on est impatient de retrouver pour le voir s'amuser et surtout rire des bêtises des grandes soeurs. Sur le trottoir, un peu mal garé, le véhicule est arrêté. A l'intérieur, deux visages illuminés, tous deux regardant la même direction, le même point d'intérêt: La porte de l'immeuble... Deux jeunes filles pointent le bout de leur nez. Vêtues d'habits d'été, la peau dorée, la mine reposée et le sourire qu'on peut avoir lorsqu'on retrouve sa maman après un mois passé sans elle, valise et sac à la main qu'elles déposent à côté du coffre de la voiture, elles disent bonjour. Bonjour à leur maman, un peu comme une première fois, une première rencontre. L'émotion des retrouvailles peut se sentir au travers du « tableau » mais pas dans le bisou déposé sur la joue de maman. Elle sait qu'il faudra quelques heures pour voir cette inhibition s'envoler et qu'en tout cas, lors du coucher, c'est certain, elle aura de la part de sa petite fille un: « maman, je veux un GROS câlin ce soir! Tu n'oublies pas hein! »

Rémi a vu Julie, il se tortille dans son siège pour ne rien perdre de tout ce qu'elle fait, pour ne pas la perdre de vue. Elle lui sourit « Bonjour Rémi! » qui en dit long lui, sans retenue. Il atteste la joie de le revoir. La lourde portière de la voiture s'ouvre et laisse passer Leia que Rémi n'avait pas encore vu. Il tend les bras... Au nouveau nounours qu'elle ramène de Corse. Madame B se pose quelques secondes, elle ne veut pas rater ça et même si elle est mal garée, même si Monsieur C attend le départ de la petite famille, les épaules détendues, les yeux pétillants de bonheur, elle apprécie la douceur de cet unique moment.

« Allez les filles, en voiture! » Une bonne heure de route les attendent. Une heure à raconter les vacances sur l'île de beauté, cet endroit fantastique que Madame B connaît elle aussi très bien pour y avoir passé quinze étés de vacances. Un mot suffit pour que les souvenirs remontent. Très facile de « sentir » ce qu'elles rapportent, pas de temps perdu aux explications ni aux descriptions.

Dans la voiture il y a un petit bonhomme qui lui, s'en fiche des souvenirs: avant et après ce n'est pas son plaisir, lui c'est maintenant et le présent c'est « dire » aux filles tout ce qu'il veut « savoir »... Julie demande pourquoi Rémi ne parle pas et surtout exprime sa frustration de ne pas entendre de mots (à part ma-maman) sortir de sa bouche... les mains sur le volant, Madame B affiche un sourire un peu tendu et explique à sa grande fille, confie que c'est son point sensible du moment, qu'elle comprend très bien ce qu'elle ressent et combien, elle aussi, souhaiterait entendre Rémi sortir de « vrais mots » de la bouche...

Julie se repositionne sur son siège, le dos droit la tête haute et déclare:

«Moi je vais lui apprendre, tu verras maman...Rémi parlera à la rentrée! Tu sais bien, à chaque fois qu'il voit ses soeurs(surtout moi...) il progresse d'un seul coup!)

Amusée, Madame B sent toute la croyance de Julie l'envahir lui donnant envie d'y croire, pensée magique des enfants, celle dont elle se souvient, merveilleuse et réconfortante lors des moments difficiles qu'elle a pu rencontrer pendant son enfance. Pourquoi pas... Ni une, ni deux, les « cours » commencent...

« Rémi, regarde bien ma bouche... AAAA-A-A.......OOOO-O-O » « Allez à toi maintenant, fait le aussi » Leur petit « apprenti-parleur » complètement envoûté, observe la bouche de sa grande sœur, il s'en amuse tout le long du voyage et le lendemain, dès le réveil de la jeune fille, elle recommence:

«Rémi, regarde bien ma bouche... »« Allez à toi maintenant, fait le aussi»

«AAA-A-A-OOO-O-O»

«MAMAN! Rémi imite mes lèvres, il fait pareil! Viens voir»

On pourrait le voir le point d'interrogation sur le visage de Madame B mais il est caché derrière le sourire d'une maman enchantée et très très émue de voir son petit garçon dessiner des « A » et des « O » avec la bouche... Mais aucun son... Pourquoi ?

Madame B n'a pas envie de savoir, Julie non plus d'ailleurs et le fait remarquer en ajoutant « On s'en fiche maman, il va les dire... » Madame B file le raconter à Monsieur B et hier....

Dans la voiture, avec juste ses parents, Rémi a dit:

«AAA-A-A-OOO-O-O » avec la voix!

vendredi 1 août 2008

Elle

Bonjour Petit Pierre, «que fais tu dans le placard de ta chambre? » En tendant ses bras, accroupie devant lui, elle l'avoue, impressionnée ,elle attend sans trop savoir. Ce petit bonhomme est différent, c'est vrai. Un autre monde, tout est à apprendre, à comprendre. Elle a peur, peur de ne pas être à la hauteur quand sa maman lui demande de dire bonjour. Le regarder avec tout le respect qu'il mérite. Petit Pierrot de la lune est venu tout tout près et sur la joue de Madame B, déposer un « baiser ». Première étape franchie avec un succès qu'elle n'attendait pas. La joie de la maman se sent dans toute la chambre, La visite continue. Dire bonjour au grand frère, faire connaissance... Un peu et enfin s'installer en face d'un café, se poser et savourer la première vraie rencontre avec ELLE.

Elle est grande, quand on la regarde, il y a une maman dans son regard et dans la façon de se déplacer, un air de petite fille est resté. Un regard qui parle, d'espoir et aussi d'illusion. De magnifiques yeux bleus. Madame B adore sa voix et surtout lui parler. Avec elle, pas de tabou, entamer n'importe quel sujet, le décortiquer, jouer avec puis revenir à la réalité. Passer à autre chose, elle sait parfaitement le faire aussi. Toutes les deux pareilles « c'est incroyable ce qu'on se ressemble » Plonger dans ses yeux, deux mots et la magie d'une complicité insolente s'opère et les voilà en train de sourire à cette nouvelle réalité.

Madame B a envie de dire merci à Béatrice et surtout à Philippe. Sans lui, elles n'auraient sans doute jamais eu la joie de se rencontrer.