samedi 23 août 2008
Fête des mères
Par Catherine, samedi 23 août 2008 à 00:29 :: Confidences de Madame B
Madame B a chargé la voiture de cartons et de sacs. le petit hamster, resté dans sa cage voyagera sur les genoux de la demoiselle qui l'a décidé.
Toute la matinée, Madame B s'est affairée, elle a rangé, trié, jeté. Il y a la grande armoire à « caser ». Elle a trouvé sa place, dans la chambre de Rémi et la commode, maintenant trop petite pour contenir tous les vêtements d'un garçon qui grandit trop vite est partie dans la chambre de Lucie, devenue « la chambre d'amis ». Elle en avait besoin, il fallait tourner cette page. Sans attendre de rentrer, Madame B a voulu, tôt ce matin tout réorganiser. Pour avancer, pouvoir continuer.
Il lui faut juste un peu de déco et de nettoyage . Elle y accueillera deux jeunes filles dès le lendemain. Julie et Chloé, les grandes, grandes sœurs de Rémi, les deux ados de 17 ans partageront tous les moments qu'elles voudront dans cette chambre relookée en chambre d'amis.
Madame B de retour dans la soirée, le cœur un peu serré, essaie de continuer, sans trop penser, à transformer cette pièce en un endroit chaleureux et accueillant avec ce qu'elle a trouvé « Leia, si tu trouves un gros nounours pour le fauteuil là, tu voudras bien me le donner ? » « Tu en veux de cette lampe ? Tu en as déjà une... » Maintenant, il faut vider les tiroirs de la commode pour l'emmener à l'autre bout du couloir... Le premier tiroir, était celui des pyjamas et en dessous, dans une pochette de papier, Madame B l'avait oublié. Elle avait glissé son cadeau de fête des mères. Peut être le plus beau de toute sa vie d'ailleurs, sans le savoir au moment où elle l'avait reçu.
Son ventre brûle à la vue de la pochette, des fourmillements dans les membres, elle se pose un instant sur le lit de son petit. Plus rapide qu'un éclair elle se retrouve projetée il y a un peu plus de deux ans en arrière. La douleur est vive, le sentiment est fort. Elle ose à peine l'ouvrir, trop peur de le revoir. Madame B se dirige vers Monsieur B. Ses pas seront ceux d'une personne qui connaît son chemin par cœur et sans se poser de question, elle la lui tend: « Tu te souviens ? » « Garde la bien! ... Bien sûr que je me souviens... »
Jamais, jamais elle ne l'a raconté. Juste Monsieur B le savait, un moment d'égarement, de faiblesse rien d'autre, pourquoi l'avouer ? Il fallait juste l'oublier.
L'histoire d'une naissance ne s'efface pas et ce soir Madame B a envie de ne plus se cacher. Ce souvenir est remonté, il est là, il est terriblement douloureux et elle se sent vraiment désolée pour son petit garçon si courageux, si combattant .
A l'hôpital, Rémi s'est battu dès son arrivée. Et puis, petit corps tout mou, il maigrissait a vu d'œil. Les médecins n'osaient plus les regarder en face, dire qu'ils ne donnaient pas cher de la peau de ce bébé sans diagnostic posé. C'était deux jours avant la fête des mamans que Madame B s'était détournée de son bébé. Elle se souvient prétexter une grande fatigue, que Monsieur B pouvait emmener, aussi bien qu'elle, le lait qu'elle avait tiré avec cette machine « sans cœur ». Que de toute façon leur nouveau né dormait, enfermé dans sa couveuse chauffée par les lampes ultra-violet pour essayer d'en finir avec une jaunisse venue achever le travail d'épuisement chez ce bébé. Aucun biberon, aucun contact, juste la réalité en face d'elle, trop douloureux, elle voulait oublier... Et ça, Monsieur B avait bien compris que la maman de son petit homme était en train de « partir », décrocher du monde réel afin d'essayer de survivre un peu au milieu de cette étrange impression de vide. Ce n'était pas le moment, ça aussi il le savait très bien, alors avec toute sa force, tout son « savoir faire » et surtout tout l'amour qu'il a pour ses deux êtres si chers. Les épaules hautes, il emmène Madame B voir son petit garçon ... C'était le jour de la fête des mamans...
Elle ne voulait pas le blesser, aggraver sa peine, « Tuer » son courage alors, assise dans le fauteuil roulant, elle se laisse emmener. Traverser le long couloir, sans rien dire, la gorge trop serrée pour y laisser un mot sortir. A l'autre bout de l'hôpital, au service « réanimation néonatale ». A peine arrivés, les auxiliaires sont venues auprès du couple. La peur de l'annonce d'une mauvaise nouvelle a disparue aussitôt le cadeau donné et les mots qui allaient avec, ceux qu'il lui fallait juste là:
Bonne fête maman!
Depuis deux jours: Photos, découpages et collages... Rémi faisait partie d'une vie... Il avait lui aussi eu le droit aux photos... « Alors s'il peut être sur photos c'est qu'elles croient en lui? C'est peut être pas fini ? »
Une force extraordinaire s'est emparée de son corps tout entier et le fond qu'elle venait de toucher avait complètement disparu. Il fallait se battre. Elle était sa maman et il comptait sur elle... Sur eux et à chaque visite c'était comme ça, Rémi ouvrait les yeux, pour eux! Et les refermait dès qu'une blouse blanche pointait le « bout du nez ». Croire en lui, ne plus regarder au fond des yeux des médecins pour essayer de trouver de l'espoir, une vérité, mais regarder au fond de ceux de son fils et y croire!
Voilà... C'est dit. Madame B aura « lâché » son fils deux jours et quand elle revoit ce soir le tout petit visage abîmé par la douleur et l'amaigrissement de son bébé sur la photo... quand elle regarde tout ça, toute l'histoire de sa naissance, Madame B se dit que le « travail » se fait doucement, la douleur est encore très aiguë mais elle peut enfin la «détailler» la revivre pour enfin se libérer.
Ce soir, Madame B a pris son fiston dans les bras et lui a demandé pardon; pardon d'avoir douté de lui pendant ces deux jours. Ensuite, elle est partie ranger le « souvenir » en le regardant, cette fois, avec une sourire tendre... Un sourire de maman.




