Madame B s'est promis de toujours regarder en avant, y croire à chaque instant, jamais baisser les bras. Il lui faut juste du temps à son bébé joli et tout ce qu'elle lit sur l'écran de son ordinateur, tout ce qui reste dans un coin de sa tête comme le mot : Dysphasie, elle ne veut plus y penser. Même si Rémi est « un poil agaçant », comme dirait Monsieur B lorsque toute une journée est animée d'une musique à trois sons: « uin?uin? » ( Regardez! Racontez moi! C'est quoi ? )... « maman! Ma-maman! » ( Appel, Besoin d'attention)... Han,han,han... ( Aidez moi, mécontent, impatient ). Il y a les signes aussi, les parents du petit garçon sont un peu fatigués de toujours lui demander de « dire» par un signe, ses envies comme ils pourraient le faire avec un petit singe. « Rémi tu veux un gâteau ? Comment on dit gâteau Rémi ? Ouiii, bravo! Qu'est ce qu'on dit Rémi ? On dit merci ! Rémi! Dit merci... Comment on dit merci ?Oui, bravo! Tiens voilà ton gâteau.

Madame B a l'impression que c'est elle qui progresse, qui comprend de mieux en mieux les demandes de son garçon. Mais attention! Que personne ne vienne lui dire qu'elle le comprend trop bien, que c'est justement LE problème. Elle le sait, elle ne glissera pas dans le piège même si parfois elle est tout, tout au bord, prête à y tomber pour plus de simplicité, de tranquillité.

Hier après midi, les larmes sont montées à toute vitesse, sans les sentir venir, l'émotion l'a gagnée, impossible de continuer la lecture. Dans le livre, elle ne voyait plus les images. Il a fallu qu'elle s'en aille, tourner le dos pour ne pas qu'il voit sa maman trahir sa promesse.

C'est le sourire innocent de son bébé plein d'envie de « savoir », passionné et fou de joie d'écouter ce que sa maman « sortait » de ce livre d'images le déclencheur de cette vague d'émotion. Paralysée par un sentiment de mal être qu'elle ne peut pas décrire, il est juste gênant, envahissant. Toujours entre deux. Un petit garçon formidable qui veut tout connaître et celui qui a un handicap qui le freine. Rémi a ressorti son livre qu'il adorait tout petit, un dictionnaire avec des tas de photos familières, l'imagier du père Castor. A chaque image décrite Rémi est complètement subjugué, il ne bouge plus, il s'imprègne totalement du moment qu'il est en train de vivre et ça c'est génial! Des moments comme ceux là il y en a des tas dans la journée de ce petit homme.

Il lui manque juste une chose:

LA PAROLE...