Madame B et Rémi partent en voiture pour toute la matinée. Monsieur B travaille et préfère, il faut le dire, laisser ce moment entre mère et fils et ce n'est pas plus mal. C'est Madame B qui a voulu continuer, elle en a besoin aussi. S'épancher, poser des tas de questions pour se rassurer, voilà qui est bien, voilà qui est fait. Ce sont des moments bien fatiguants, pas physiquement mais le côté « questionnement-remise en cause »... Ça c'est difficile, ça c'est épuisant.

Madame B a beaucoup discuté, elle veut avancer, évoluer pour son bien être et celui de la famille mais surtout pour son petit garçon, celui qu'elle a mis au monde il y a deux ans... Elle pense beaucoup Madame B depuis hier... Des mots tourbillonnent dans sa tête, ses souvenirs remontent à la surface. Pas d'un coup, non... Juste par petits morceaux, pour ne pas faire mal, pour ne pas ré-ouvrir une cicatrice encore fragile et puis sans doute aussi pour bien comprendre, analyser tous les instants vécus il y a deux ans...

Il y a deux ans, un homme en blouse blanche avait lancé une monstruosité en pleine figure à Madame B. Elle était enceinte, prête à accoucher car il le fallait, Rémi avait trop grossi, trop grandi et ses reins étaient trop gros pour le laisser dans sa petite bulle, en toute sécurité... Il fallait le faire venir alors que pendant des semaines et des semaines Madame B était restée couchée, pas toujours sagement, mais le plus sérieusement possible, elle restait allongée pour le garder bien au chaud et d'un seul coup, lors d'une visite de contrôle ( 36ème semaines ), il faut TOUT stopper, s'arrêter de couver, laisser sortir son bébé, le délivrer car il y a quelque chose, personne ne sait quoi, mais quelque chose qui ne va pas... Le jeune homme en blouse blanche devait être plus fort que le médecin de Madame B car lui savait , lui a dit, a jeté... Pendant un monitoring, des contractions douloureuses et une nuit blanche...

« Quand un bébé a une grosse tête comme celle là, très souvent il n'y a rien dedans... »

...

Deux ans après, Madame B le raconte encore, la gorge serrée, elle le dit comme elle l'a entendu car Monsieur B n'est pas tout à fait certain d'avoir entendu la même chose, mais peu importe, Madame B elle, rumine et surtout elle empoisonne toute son attitude vis à vis de son fils avec ce souvenir.

Aucun être humain ne peut se développer harmonieusement dans de telles conditions. Sur une «échelle de développement», qu'il soit au milieu, en haut ou en bas: N'est ce pas le rôle des parents d'accompagner leur enfant sur le chemin de la vie avec toutes leurs croyances en lui et non pas remplis de doutes et de pensées négatives ?

Assise en face de la jeune femme aux airs très « professionnels » elle s'aperçoit de son effroyable bêtise... Elle voit passer sa propre image, comme dans un miroir elle reconnaît cette femme qu'elle est. Elle se rend compte que pour Rémi, elle n'a jamais raconté sa grossesse, son accouchement, sa rencontre avec son petit homme. Tous les détails qu'elle adorait raconter à ses amies avec ses autres enfants, la mise au sein, le premier regard, le premier petit déjeuner en tête à tête avec le tout nouveau papa, personne n'a entendu Madame B le retracer....

Assise en face de cette « professionnelle » aux airs de jeune femme, Madame B est abasourdie, elle veut rentrer, faire le vide, ne pas en parler avec Monsieur B tout de suite, juste digérer cette remontée aux souvenirs...

Avant d'aller se coucher, Madame B entre dans la chambre de son bébé endormi. Tout doucement elle lui donne un baiser, un vrai, celui d'une maman très fière de son fils. Elle le regarde avec des yeux presque d'envie, son courage cet acharnement à vouloir réussir, trouver sa place, à contrôler les gestes, les rendre léger pour atteindre son but, celui qu'il s'est fixé: Bouger les mains, les doigts et marcher. Essayer de courir et de sauter. Elle se souvient quand elle l'a vu monter sur le tronc du saule dans le jardin, Monsieur B s'était écrié « Regarde Catherine! As tu vu comme il est descendu ? Il est trop fort notre petit garçon... » Plusieurs fois par jour, avec un grand sourire, un sourire très satisfait, il tend ses jambes et les relâche sur la pointe des pieds car il a compris qu'en persévérant encore et encore, il pouvait faire quelque chose de super. Madame B sait que Rémi voudrait sauter et courir, elle ne doute plus, il y parviendra, il a réussit tellement de choses depuis maintenant deux ans.